1992-1995 : The Golden Age of Hip Hop Albums

// 20/08/2015

Par Michel Heynen

Au début des années 1990, le hip-hop n'est plus une histoire de pionniers et n'est pas encore une affaire de stars. Il ne se pratique plus ou quasiment plus en solo mais presque toujours en bande. C'est la seule période de sa déjà longue histoire où les individualités laissent la place à des gangs, à des clans, à des posses, à des cliques aussi soudées que le plus fusionnel des groupes de rock.

C'est aussi l'âge d'or de l'album rap et c'est tout sauf un hasard : la configuration dominante de ces années-là – un ou plusieurs MCs associés à un DJ attitré – est un gage de maturité et de cohérence artistiques. Même les artistes solo marquants de l'époque bossent avec un producteur de prédilection. Là où les rappeurs contemporains donnent parfois l'impression de choisir leurs beats comme on commanderait des slips chez Trois Suisses, les albums de Genius, de MC Solaar et de Snoop Dogg sont aussi, à part entière, des albums de RZA, de Jimmy Jay et de Dr. Dre.

Années dorées où les rappeurs ne sont plus seulement des entertainers mais aussi, et de plus en plus, des auteurs qui se voient offrir pour la première fois la possibilité de développer une esthétique qui leur est propre, de poursuivre leurs obsessions, de façonner un son maison et de l'approfondir sur la durée.

Entre 1992 et 1995, les grands albums hip-hop ont déboulé en flux tendu. Voici les 10 meilleurs d'entre eux, odyssées hypnotiques et classiques instantanés.

10 / « Niggamortis » de Gravediggaz (1994)

Supergroupe associant Prince Paul et RZA à deux illustres inconnus. Bénéficiant d'une production magnifique, où les beats assassins se parent de mille détails gothiques (violon crissant, piano désaccordé, chœurs et cris de vierges en nuisette), « Niggamortis » invente à lui seul le rap horrifique ou horrorcore. Dans le genre dérangé du cerveau, personne, depuis, n'a fait pire.



9 / « Blowout Comb » de Digable Planets (1994)


Au menu smooth de ce trio mixte : afrocentrisme et breaks funky. Cet album lettré et groovy, le plus politique et le plus musical de la liste, ajoute un nouveau chapitre, extrêmement brillant, à l'histoire de la "great black music".



8 / « Black Sunday » de Cypress Hill (1993)

Les productions lugubres et envapées de DJ Muggs sont sans pareilles pour planter le décor d'une Californie plongée dans les ténèbres. Les cordes pleuvent, les sirènes hurlent, les flingues fument, les cendres brasillent, B-Real nasille, on ferme les yeux, on expire et on se pâme.



7 / « Regulate… G Funk Era » de Warren G (1994)

Gros succès commercial, ce premier album est un peu snobé par les puristes. Tant pis pour eux. Dans le genre G-funk suave et moelleux, il est la référence.



6 / « Une ball dans la tête » de De Puta Madre (1995)

Virtuoses du freestyle, voire du hors-piste, trois kets se la jouent gangsters défoncés sur des tracks mortels (Grazzhoppa forever !) et placent brièvement Bruxelles sur la carte du rap. Un disque belge ET dangereux. (Tout arrive.)



5 / « The Infamous » de Mobb Deep (1995)


Reportage en zone de guerre, au cœur des ghettos, au coin de rues désolées, sous les piles taggées de ponts lépreux, sur les sièges défoncés de carcasses calcinées, ce disque a un goût de cendres, de sueur et de gnôle. Un monument du rap hardcore. (Et le plus beau son de caisse claire de l'histoire du rap.)



4 / « Illmatic » de Nas (1994)


Le Bob Dylan du rap ? Un premier disque parfait.



3 / « Liquid Swords » de Geniuz/GZA (1995)

Apogée de la production pléthorique du Wu-Tang 90s, ce disque intégralement produit par le grand RZA est à l'image de sa pochette : tranchant comme un katana, vaste et glacial, sombre et hostile comme l'espace intersidéral.



2 / « Check Your Head » des Beastie Boys (1992)

Foutraque et rentre-dedans. Aussi à l’aise avec un sampler qu’avec des amplis, les Beastie Boys lâchent tout et c'est une claque énorme. Asséner le groove hippopotamesque de « So What'Cha Want » puis dégoupiller dans la foulée une grenade punk comme « Time for Livin' » est un crachat magnifique à la gueule des puristes. Et tout le disque est de cette trempe : boulimique, éclectique, étourdissant. Le « Sandinista! » des nineties.



1 / « Midnight Marauders » de A Tribe Called Quest (1993)

Subliminal et fondant, le hip-hop de la bande à Q-Tip est une drogue douce et dure à la fois, qui s'adresse à l'âme et aux poils érectiles sans passer par le cerveau. L'addiction est instantanée et sans rémission possible. Amour éternel.

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