À deux doigts du succès #03 : The Vaselines

// 10/12/2014

Par David Bouhy

« I was dressed for succes, but succes it never comes » chantait Stephen Malkmus sur le génial « Here » de Pavement.
Des paroles qui résonnent toujours comme un hymne.
Sorte d’hommage appuyé aux grands et petits oubliés.


Car on a beau le snober, le succès, on l’inviterait bien à notre table, surtout quand on est perclus de talent.
Mais demandez donc à Eugène Kelly et Frances McKee ce qu’ils en pensent.
Pas sûr qu’ils partagent ce point de vue.
Tant ces deux-là semblent s’être démenés pour échapper à l’Histoire.

La métaphore est sensiblement osée, mais plus qu’à deux doigts du succès, c’est carrément de la main entière dont il faudrait parler quand on songe aux Vaselines.



The Vaselines.
Rien de moins qu’un de ces magnifiques groupes complètement passés au travers de la toile tissée par Mère la gloire.
Avec une insouciance déconcertante. Voir carrément une volonté farouche.

Se séparant au pire moment, continuant individuellement leur petit bonhomme de chemin discret, portés aux nues par certains de leurs pairs (et non des moindres), et se retrouvant sur le tard (le trop tard ?) sans autre idée derrière la tête que le plaisir simple de faire ce qu’ils font le mieux ; soit torcher des chansons parfaites dans un écrin Pop serti d’éclats.
Pour le plus grand bonheur de tout amateur du genre qui se respecte.

Mais revenons un instant en arrière.
Tout commence il y a vingt huit ans, en Écosse, du côté d’Edimbourg.
À l’aube des années nonante, quand le grunge n’est pas encore né.
À l’ombre de la Britpop, quand le 7 inch est encore encensé.
Entre deux Ep’s, The Vaselines font leur trou.
Un trou dans lequel ils vont rapidement s’enterrer.

Car c’est tout un art que de se tirer une balle dans le pied.
Du moins avec tant de superbe.
En témoigne ce monumental acte de bravoure signé à l’aube de leur carrière...


Mille neuf cent quatre vingt neuf.

La semaine même de la sortie de son premier album, promis à très bel avenir, le groupe décide de… se séparer.
« Dum Dum » rencontre évidemment un joli succès d’estime mais, sans personne pour le porter, il reste un album culte pour bacs de seconde main.
The Vaselines a donc choisi de renoncer au succès pour raisons personnelles.

Si celui-ci n’aime pas trop qu’on se moque de lui, il apprécie par contre beaucoup l’ironie du sort.
Mettant de côté son contentieux avec The Vaselines, il décide donc de leur donner un coup de main malgré tout, quelques années après, en choisissant les oreilles averties d’une icône en perdition pour y plonger les mélodies imparables de nos amis Kelly et McKee.

Entre temps, porté par son admiration d’une certaine Pop majestueuse, un autre féru de musique s’attelle quant à lui à redorer le blason des Vaselines.

Après un unique album et deux EP’s, The Vaselines se voit donc en nonante deux nanti de son premier best of, et ce par la grâce de Stephen McRobbie, leader des Pastels.

Quelques mois plus tard, Kurt Cobain (les oreilles de tantôt) se charge quant à lui de porter « Jesus Doesn’t Want Me For A Sunbeam » au Nirvana des chansons immortelles lors de l’historique MTV Unplugged.

Avec un tel coup de pub, il ne reste plus à nos deux Écossais qu’à fournir enfin un deuxième album et à s’engouffrer dans la brèche tracée par leurs célèbres fans.

Ce qu’ils vont s’empresser de faire… sept ans plus tard !

Entre temps, l’ami Kurt s’en est allé, et toute trace d’un éventuel engouement s’est dissipée dans le temps.

L’album « Sex With An X » constitue donc la deuxième pierre d’achoppement de leur mausolée auto-construit.

Ne répondant qu’à sa propre logique (non commerciale) et à ses propres envies, le duo revient donc en deux mille quatorze et propose un album à la hauteur de leur légende : truffé d’excellentes Pop Songs vouées dès le départ à l’oubli.

Avec en prime un titre irrévérencieux à souhait.

« V For Vaselines », comme deux doigts frondeurs dressés à la face du succès.



David Bouhy est un nom difficile à porter.

C’est presque un nom de star. Mais pas tout à fait.
Ça sonne bien, David Bouhy.
Surtout en anglais.
Mais je suis né à Seraing par une pluvieuse nuit d'été.
Et pourtant, j’ai failli être connu, vous savez?
Mais la chance n’a pas voulu de moi
Aujourd’hui je suis vieux et complétement oublié.
Remisé au placard des rêves inachevés.
David Bouhy, un nom bien difficile à porter.
Surtout quand on est passé à deux doigts du succès.
A deux doigts du succès, la chronique des poètes maudits, du CBGB jusque chez Aldi.

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