À deux doigts du succès #04 : Peter Best

// 05/01/2015

Par David Bouhy

Ce qui est bien avec cette manne céleste dans laquelle je pille mes souvenirs dans le but de vous présenter un large éventail de beautiful losers, c’est qu’elle regorge d’histoires et anecdotes en tous genres.

Pas seulement des histoires pathétiques, comme vous avez pu le constater si vous me suivez.
Des histoires parallèles aussi.


Jusqu’ici, je vous ai dressé le portrait de quelques artistes pour lesquels le succès ne représentait pas ce Graal insensé après lequel tant d’idiots courent toute leur vie.

Mais il faut bien admettre que dans certains cas, le succès décide irrémédiablement de vous foutre un gros coup de pied au cul, une estocade magistrale qui vous envoie sur la touche, pour du bon.
Je parle pour moi, mais j’aurai l’occasion de revenir sur mes déboires une autre fois.
Aujourd’hui, je pense à un autre sbire qui porte sur lui le tatouage invisible de la gloire, tellement invisible que presque personne ne le connaît, mais tellement encré en lui qu’il lui est impossible de ne pas se réveiller chaque matin en y songeant…


Quand il est convié dans les bureaux de son manager, un beau matin d’août mille neuf cent soixante deux, Pete ne s’attend pas à ce qui lui pend au nez.
Trente minutes plus tard, viré de son groupe, il n’a bien sûr pas conscience qu’il vient tout juste de passer à côté de la gloire.
Pour le moment, maugréant dans sa barbe encore timide (il a vingt et un an à peine), il rentre sagement chez lui se faire un thé et oublier au plus vite cette vilaine sensation d’avoir été viré comme un malpropre.
Il attend patiemment que les trois autres camarades du band daignent lui signifier les raisons de ce renvoi. En vain, puisqu’ils ne prendront jamais cette peine.
Alors, en attendant que sa vie prenne un autre tournant, Pete se souvient.

Trois ans plus tôt, en plein cœur de l’été, l’histoire commence dans une cave, comme bien d’autres histoires tenant sur trois accords majeurs.
Un soubassement qui devient un club sous la houlette de Mona, la maman du jeune Peter, qui se découvre alors une passion pour la section rythmique.
Au Noël suivant, Peter reçoit donc son plus beau jouet : une magnifique batterie flambant neuve qui immédiatement tape dans l’œil de son ami John, qui avec ses potes cherche justement un batteur pour son groupe.


Sans nouvelle d’un hypothétique postulant qui ne répond pas à leur invitation, les Qarry Men (qui hésitent encore sur leur nom de scène) décident donc de donner sa chance à Pete.
L’audition a lieu le douze août soixante.
Vingt minutes plus tard, le voici intronisé officiellement batteur du groupe.
Ce n’est certes pas la qualité de son jeu qui a fait effet, mais ce qui est fait est fait, et le voici donc embarqué quelques jours plus tard vers Hambourg.
Le premier voyage d’une série de cinq sur les bords de l’Elbe pendant deux années, qui voient peu à peu éclore le talent de ces jeunes gens dans le vent.

Alors que Stuart, bassiste du groupe, tombe éperdument amoureux d’une belle autochtone et quitte le groupe pour se consacrer à ses études d’art, Pete et les autres continuent à apprendre le dur métier de musiciens professionnels.

Au détour du quartier de Saint Pauli, Pete s’amourache d’une strip teaseuse.
Cela pourrait n’être qu’une anecdote, mais néanmoins c’est là qu’apparaissent les premières discordes au sein du groupe.

Pourtant, le principal handicap de Peter n’est pas tant son attirance pour les filles des quartiers chauds, mais plutôt sa médiocrité toute relative derrière les fûts et son manque d’abnégation à y remédier.

Du coup, les carrières de ces jeunes Anglais semblent définitivement prendre des directions opposées.

Suite à une audition chez Parlophone, en juin soixante deux, le couperet tombe.
Le célèbre producteur Georges Martin croit en l’avenir du combo, à l’exception du batteur, qui reçoit donc son bon de sortie un mois plus tard.


Peter Best restera donc de longues années à attendre un coup de fil justificatif de John, Paul et Georges, pendant que Ringo Starr prendra sa place sur l’estrade de la gloire éternelle.

Un camouflet difficile à digérer, même si Peter est sans doute conscient qu’il n’a pas tout mis en œuvre pour gagner son ticket pour les étoiles.

Mais que dire de cet anonyme ayant posté dans le « Liverpool Echo » d’août soixante une petite annonce proposant ses services de batteur. Et qui jamais ne répondit à l’invitation d’un certain McCartney !
Sans lui, Peter n’aurait jamais été le membre oublié des illustres Fab Four…

RETOUR

ARCHIVES

Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top