À deux doigts du succès #06 : The Dead Boys

// 05/03/2015

Par David Bouhy

Leur nom ne vous est pas inconnu mais pourtant ce ne seront jamais leurs faciès qui orneront les couvertures d’encyclopédies dédiées au Punk.
Et pour cause, The Dead Boys étaient en quelque sorte l’essence même de ce mouvement.
Un mouvement de rébellion et de révolte contre les icônes et toute forme d’idolâtrie.
Dont la provocation ultime, tel un manifeste, était de faire la nique au succès.
Alors que les Pistols singeaient grossièrement cette culture de sous-bassement et sacrifiaient son âme sur l’autel d’un grand cirque, l’exposant à la surface telle une vulgaire farce, d’autres figures de proue de la mouvance s’échinaient à en préserver l’intégrité.
Offrant à leur renommée l’épitaphe qui convenait.

Baignant dans un climat propice à la révolte, Stiv Bators, jeune paumé d’une génération déglinguée, traîne son ennui dans le Cleveland du milieu des septante.
La morosité ambiante est un terreau fertile, et c’est sans conteste le berceau de la rage qui va animer ses chansons.
Sans prétendre initier quoi que ce soit, lui et ses Dead Boys vont néanmoins promouvoir l’éclatement du Punk, sans en retirer les lauriers, évitant à tout prix la prospérité, ignorant la notoriété, mais en s’assurant une place de choix dans les an(n)ales du genre (un orifice bien plus adapté à l’imagerie souterraine de cette culture underground).

Sans autre ambition que de s’amuser à reprendre les Stooges sous le nom improbable de Frankenstein au début, Stiv et ses potes trouvent peu à peu leurs propres marques.
Nous sommes en septante cinq.
Enfin, nous…
Eux, surtout.

Il y a Jeff Magnum (sans la moustache) et Jimmy Zero (sans Coca ajouté), bientôt rejoints par les ex-Rocket From The Tombs, Cheetah Chrome et Jimmy Blitz.
One, two, crie fort!
C’est parti.

Pâques septante six.
Johnny Thunders (dont vous trouverez trace dans le premier article de cette rubrique) invite Stiv à faire la bringue dans son fief new-yorkais.

La somme des différences absolues.
D’une part la capitale de tous les excès. De l’autre l’antre grisonnante d’une vieillesse programmée.
Le message n’est guère difficile à exposer et Stiv, à son retour, convainc sans mal ses camarades de déménager.

Rapidement, les portes du CBGB s’ouvrent à ce groupe dont l’identité musicale transpire la véracité et l’authenticité, loin des clichés et des resucées.
Sucées et resucées sont d’ailleurs au programme des prestations scéniques du combo qui aime jouer la provocation pour un public en demande.

The Dead Boys jouent bien (ce qui est plutôt rare à l’époque, dans ce microcosme) et leurs prestations sont excitantes, outrageuses et mêlent énergie brute et bestialité suave. En grande partie grâce à Stiv, dont l’allure et le jeu de scène en inspireront plus d’un par la suite.

En attendant, Sire Records paraphe un contrat en janvier septante six, qui donnera lieu aux deux seuls albums officiels du groupe, soit “Young, Loud And Snotty” et “We Have Come For Your Children”, deux titres qui en disent long.

Sur ledit contrat, néanmoins, figurent plus que deux albums, et cette obligation contractuelle va donner lieu à l’un des plus jolis foutages de gueule de l’histoire de l’industrie du disque.

Punk, vous avez dit?

Il est un fait que les relations au sein du groupe souffrent du mode de vie en application.
Et la demi-mesure n’étant pas l’apanage des forts caractères imbibés de substances corrosives, les multiples incendies ont bientôt raison de leur abnégation.
Une tournée de quatre mois sur le sol ricain suffit donc à faire éclater le groupe.

Mais Sire exige une troisième livraison.

The Dead Boys se reforment donc bon gré mal gré pour enregistrer à la hâte un Live au CBGB.
Plutôt bâclé, le résultat est surtout remis en question par la prestation de Stiv qui, sciemment, s’attache à chanter tout du long hors de portée des micros.

Un fiasco pour la maison de disque qui n’a d’autre choix que de ranger les bandes dans un tiroir où elles sommeilleront jusqu’en quatre-vingt-un.

Narguant jusqu’au bout les conventions, les cinq de Cleveland se dispersent alors dans la nature au seuil d’une carrière prometteuse et exécutée brillamment en un éclair, tout en ignorant l’appel des sirènes (qu’elles soient de la police ou autres).

Leur réunion pour quelques dates en quatre-vingt-sept restant anecdotique, l’Histoire ne gardera donc en mémoire que ces quatre années déjantées en équilibre précaire sur la charnière du Punk.

Stiv s’éteint le trois juin nonante à Paris à l’âge de quarante ans, emportant avec lui l’âme des Dead Boys.
Avec ce slogan qui résonne encore dans les têtes brûlées :”Fuck Art, Let’s Rock!”

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