À deux doigts du succès #07 : The Sultans Of Ping (FC)

// 06/04/2015

Par David Bouhy

Oh! Glorieuses nineties!

Époque merveilleuse pour l’éclosion des genres musicaux et la liberté des individus singuliers.
Comme germant sous la coupe d’un vent de renouveau, le Rock et toute sa clique de variantes se trouvaient nantis d’un salvateur sursaut d’orgueil et enterraient de pâles années quatre-vingt.
Emmenant avec eux, dans leur sillon gravé à même le vinyle, l’émergence de styles et de genres hétéroclites mais surtout extrêmement excitants.
Berceau de la musique dite ‘Indie’ car farouchement indépendante (en opposition au labels gargantuesques qui s’apprêtaient à connaître une sérieuse remise en question) où le génie se disputait à la folie pour générer pléthore de groupes, tous plus talentueux les uns que les autres.
Ainsi s’ouvrait grand le portique de la gloire à tous ceux qui souhaitaient simplement y croire.
L’entrée pour le Paradis semblait alors promise, et même le purgatoire laissait entrevoir de somptueuses promesses.
Un purgatoire aux couleurs néon et à l’odeur âcre des chauds quartiers de Soho, qui luisait dans la nuit, tel un Eldorado.

Mais au petit matin des années deux mille, gisant dans le caniveau, nombre de groupes allaient se relever et repartir à la conquête du succès.
La gueule bien trop amochée par la biture de la veille, The Sultans Of Ping n’avaient quant à eux, pas fini de se traîner.


Tirant son nom d’un piètre jeu de mot en réaction à la sacro-sainte réputation de Dire Straits (et son album « Sultans Of Swing »), le groupe de Cork, troisième ville irlandaise en termes de population, se reforme néanmoins en deux mille cinq.
Sans vagues ni remous, car à vrai dire tout le monde s’en fout.

Loin de toute illusion, aux seuls noms du fun et de la gaudriole, à l’image d’une étiquette fermement attachée à la doublure d’un vêtement abandonné dans quelque pub enfumé, une décennie plus tôt, les sultans reprennent le collier, forcément à clous.

Il est un fait que personne ne semble jamais les avoir pris au sérieux.
À commencer par eux-mêmes!

Jouant maladroitement d’une attitude provocante mâtinée d’un réel sentiment de révolte, Niall O’Flaherty est le leader charismatique d’un groupe qui voudrait jouer des coudes dans la cour de caïds.
En attendant, depuis quatre-vingt huit, ils végètent dans les arrière-salles bancales du pays et mettront près de trois années avant de percer le mur de l’indifférence.

Armés d’un solide single comme d’un pavé prêt à être lancé dans la marre, les Sultans débarquent enfin à Londres en nonante et un.

“Where’s me Jumper” est l’hymne officiel de ce groupe qui revendique autant l’iconoclastie que le je-m’en-foutisme, sur fond de classe populaire.

À ce titre, ils accolent d’ailleurs fièrement un footballistique ‘FC’ à la fin de leur nom de scène.


La chanson, elle, conte les déboires d’un gars qui perd son pull lors d’une soirée. Pour authentique que soit l’anecdote, elle démontre illico la force du propos. Irrésistibles et drôles, les paroles débonnaires contrastent délicieusement avec l’urgence Punk de cet accord majeur comme un doigt de branleur.

Vêtu de cuir ou de latex, quand il n’est pas simplement dénudé, Niall n’échafaude aucun plan de carrière. Son humour est souvent étranglé par la frustration et cela génère quelques tensions.

Les concerts des Sultans sont tantôt outrageux (une rixe les opposera mémorablement au public de Lemerick en nonante sept après que le chanteur ait délibérément provoqué l’ire des spectateurs présents) mais le plus souvent donnent lieu à des (ré)jouissances bacchanales.

Mélanges de révolte, de ressentiment et de farce grossière, les prestations de O’Flaherty et de sa clique (un line-up changeant constamment) baignent dans la grivoiserie rebelle qui fleure bon le Punk, le sérieux en moins. Apparition en slip à Top Of The Pop, ou crachats à l’attention du public d’Engis (c’était en nonante cinq), l’artillerie chapardeuse des larrons provoque soit l’agacement, soit une irrésistible envie de pogoter.

Bref, tout ce qu’aime la presse Outre-Manche à l’époque.
Las!
Victimes de leur nature, les Sultans, irrespectueux de tout, trop imparfaits et honnêtement incapables de construire un quelconque avenir (singeant ironiquement le slogan proto Punk ‘No Future’), n’éveilleront jamais qu’un vague sentiment de sympathie.

Déjà en nonante trois, quand sort “Casual Sex In The Cineplex”, album magistral de second degré, le groupe semble plus fait pour les bagages que pour le titre.
La suite ne sera qu’une longue succession de rétrogradations, de division en division au fil d’une discographie maigre et par trop inégale.

Végétant aujourd’hui hors de toute ligue professionnelle, The Sultans Of Ping, qui ont depuis longtemps abandonné le ‘FC’, continuent sporadiquement à se produire ci et là, suscitant néanmoins l’engouement de quelques fans épars sur le continent de Sa Gracieuse Majesté.

Les yeux recouverts de mascarade, Niall O’Flaherty chante toujours aujourd’hui.
Délesté de son amertume à propos d’hier, mais avec plus de nonchalance que de réel entrain.

Le succès vissé au rétroviseur d’un vieux tacot pourri, le regard perdu dans l’aube sans lendemain.

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