À deux doigts du succès #12 : Emanuel Carnevali

// 05/10/2015

Par David Bouhy

Telle une ligne à haute tension court-circuitée, le destinée tragique d’Emanuel Carnevali se balance aux vents mauvais.
Poète enragé, écrivain maladif et passionné, celui-ci aurait pu être à l’image de ces Rock stars, mortes prématurément et de façon absconse à deux doigts du succès.
Mais né en Italie en 1897, soit géographiquement et temporellement hors contexte, sa vie n’en demeure pas moins fidèle aux farces douteuses de Dame Chance.

Génie discret et par conséquent méconnu, ballotant sa mince carrure comme un fétu de paille sur le chemin de son existence, ce rebelle vivait son art sans que celui-ci ne vienne à le nourrir.
Un pied dans la tombe dès le plus jeune âge, exilé, renié, puis oublié, voici la trame transparente de ses quarante-cinq années opaques.
Misérable, oui, mais foutrement excitante !

À l’heure d’écrire ces lignes, je ne connais pas encore tous les secrets de cette vie en lambeau. Et pour cause, je n’ai pas encore fini son autobiographie, qui, malicieusement s’est mise en travers de mon chemin alors que je cherchais le sujet de la présente chronique.
« Le Premier Dieu ».
« Il Primo Dio ».
« The First God » pour être plus exact, car l’auteur avait délibérément choisi d’écrire uniquement en anglais, même de retour sur ses terres d’origine, après avoir tenté l’aventure New Yorkaise.
L’esprit rebelle du Punk bien avant l’heure.

Et si Zola avait joué avec les Ramones ?

En effet, la pathos s’invite dès sa tendre enfance, jetant tôt ses rêves dans la fange nauséeuse de la déconvenue. Il en ressortira avec une allure chétive, maqué dans sa chair comme dans sa prose de ce désespoir goudronneux.



En opposition aux décors magnifiques qui le voient grandir, s’oppose la dureté de la misère, les affres d’une mère souffrante et morphinomane et les rancœurs d’un père d’abord absent et ensuite trop brutalement présent.
Bribes de vie encore douces en comparaison de ce qui l’attend.

Des stigmates qui parcourent son corps, se devinant à la surface de son teint blafard comme autant de veines à la surface d’une montagne.

Une montagne de douleur, qu’il s’en va expier au-delà de l’Atlantique.
S’ensuivent les boulots de merde, la faim, le doute…

Puis, en lieue et place de la renommée, c’est une encéphalite qu’il récolte.
La traînant partout avec lui comme une sombre malédiction.
Ses mains tremblent, son corps chavire, sa tête bourdonne mais sa passion ne s’en trouve que décuplée. Résistance farouche d’un forcené face à la fatalité.

Avant que le mal ne l’emmène dans la tombe, il le ramènera dans son pays d’origine où il terminera d’écrire avec la force et la beauté du désespoir non feint.

Enfermé dans l’obscurité d’une maladie encore mal diagnostiquée, il s’éteindra subitement de la plus stupide des manières, sans même attirer la gloire sur ce dernier fait.

Comme en reflet à ses propres interrogations, Emidio Clementi, leader de Massimo Volume (un groupe Italien du début des années nonante) reçoit « Le Premier Dieu », cinquante ans après qu’Emanuel soit mort étouffé par un quignon de pain.

Si la musique du groupe reste assez anecdotique (et inaccessible pour la plupart d’entre nous), elle tentera à plus d’une occasion d’assurer la pérennité de l’œuvre de Carnevali.

Écho qui se répercute aujourd’hui en préface de ce livre, ressorti récemment et prélude à deux autres recueils de poésie à venir.

Comme une boucle qui se répercute inlassablement, entonnant successivement la même triste mélodie…

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