À deux doigts du succès #14 : The Adverts

// 05/11/2015

Par David Bouhy

Le manifeste de l’accord unique, madeleine de Proust de l’apprenti Punk.


Pourquoi faire simple quand on peut faire dénudé?
Revendication typiquement DIY, instigatrice de cette idée saugrenue que de monter un groupe, monter sur scène, et éventuellement monter des groupies à la seule force d’un seul et unique accord tenu tant bien que mal sur le fil tranchant d’un puissant feedback qui perce les tympans.
Percer, justement!

Voir devenir célèbre, tout en dénigrant l’Académisme et les moindres notions élémentaires de la musique.
Au feeling, à l’envie, à la morve plutôt qu’à la sueur et au sang!
Un concept en soi, et qui, contre toute attente, a fait ses preuves maintes fois et continue à faire des émules dans divers genres confondus.


Le plébiscite de la jouissance sans l’effort, du plaisir immédiat, sans les tourments dus aux années fastidieuses d’apprentissage d’un instrument, en balayant d’un revers de la main les gammes et solfèges si chers aux puristes.
Avec trois fois rien, beaucoup ont côtoyé les cimes.

Joyeux trublions à l’aube des années septante, ces branleurs de première ont réussi le tour de force d’imposer le style de l’inculte, de l’insoumis, parfois de l’ignorant.
Tantôt avec grâce, tantôt grossièrement.
L’Histoire, cette grande Dame à l’esprit ouvert, en a gardé le souvenir et se remémore encore quelques noms oubliés, en caressant du bout de ses vieux doigts tout ridés, les cordes tremblantes d’une vielle gratte toute pourrie.
Aujourd’hui, elle se souvient de The Adverts.

Dès 77, comme pour souligner fièrement cet apostolat proto Punk, une affiche pour la tournée commune avec les Damned annonçait ce qui suit :
« The Adverts connaissent un accord, The Damned trois. Venez les découvrir tous les quatre. »
Explicite et non dénué d’un certain cynisme.

Pourtant, ce qui différenciait vraiment The Adverts ne se résumait pas uniquement en cet amateurisme étalé avec beaucoup d’autodérision dans les textes de TV Smith, son chanteur (un terme certes quelque peu surfait dans le registre qui nous intéresse).

En plus d'un certain talent pour la mise en avant (plus que pour la mise en scène en tout cas), il y avait la présence de Gaye Advert, sa sensuelle et provocante co-fondatrice.

À l’instar d’une Debbie Harry ou d’une Siouxsie, ou de n’importe quelle autre reine de la nuit, derrière son mascara et son éternel blouson de cuir noir, la féline compagne de TV Smith incarnait une certaine image sulfureuse et délicieusement dérangeante.

Le duo à la scène comme à la ville avait quitté les tréfonds de Bideford, dans le Devon pour embrasser une vie plus excitante dans la capitale Londonienne.
Nous étions en septante-six.
Quelques mois plus tard, sur foi de morceaux fiévreusement écrits et exaltés lors de prestations live homériques au Roxy, temple du genre en ces années bénies, le groupe perçait mystérieusement la toile de l’indifférence et se faisait un nom, écris en lettres grasses au-dessus des flaques d’urines qui balisaient ce type d’endroits.
Sans jamais devenir inoubliables, certes, mais en prenant soin de frôler la gloire.

Car trop conscient de ses propres limites, comme mû par une farouche honnêteté, le groupe ne dépassera jamais le succès d’estime.

Quelques percées dans les charts, quelques apparitions télé et un détachement constant face à la vacuité des médias (souligné dès le début dans le choix de leur nom).

Loin de la biographie à rallonge d’un autre groupe tout aussi dénué de talent intrinsèque mais qui constitue aujourd’hui l’unique référence du quidam à l’évocation du mot ‘Punk’, The Adverts s’est fait une toute petite place, mais une place de choix, dans la mémoire du Rock.

Fidèle au précepte du milieu, leur carrière fut fugace, leurs succès fulgurants, et leur carrière voilée par l’ombre de la Mort.

Entre temps, de nombreux désaccords avec deux de ses ex-membres avaient déjà mis en péril l’avenir du groupe.

La disparition tragique de leur manager attitré, le 06 décembre 1981 ne fera qu'entériner une décision semblant avoir été prise à leur dernière sortie de scène, le 27 octobre 79.

Par la suite, Gaye se retirera, n’apparaissant qu’épisodiquement lors des concerts de son époux, ayant lui choisi d’embrasser une carrière solo.

Un seul et unique accord ne permet peut-être pas d’entrer dans la postérité, mais il peut y contribuer…

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