À deux doigts du succès #15 : Acetone

// 04/12/2015

Par David Bouhy

Peut-être tout est-il question de persévérance ?
Et si tout groupe méritant d’être épinglé au revers du col de Dame Notoriété se devait juste d’être patient, fermant les yeux sur la facilité dont celle-ci fait montre pour retourner sa veste trop rapidement ?
Trois, quatre albums, peut-être plus ? Qu’importe !
Le temps d’imposer sa patte, son style, de trouver ses marques, son équilibre.
Ignorer les critiques un peu vaches, pardonner à ceux qui n’ont pas compris, pas tout de suite. Le public et la critique sont parfois lents à la détente.
Il faut se laisser le temps d’être apprivoisé.
Oui, mais, le temps. C’est lui le problème. Toujours à courir, à vous emmener plus vite vers le précipice.
Le temps et son inéluctable tragédie inhérente.
Avec en point de mire, ce fichu rendez-vous avec sa vielle copine, la Mort.
Cette salope crépusculaire qui file rencard à tout le monde, sans distinction.
Entre l’évidence de cette dernière et l’aléatoire destin, que de menus chemins chagrins, serpentant misérablement dans la poussière, le froid et l’ennui.
Alors, quand le succès s’obstine à ignorer certains, préférant leur offrir un chemin de traverse descendant directement vers l’enfer, la mort se tient prête pour un speed dating improvisé.

Le 23 juillet 2001, dans son agenda déjà bien rempli, elle n’avait pas prévu de rencontrer Richie Lee, quand celui-ci sonna à sa porte.
Le jeune homme de trente quatre ans lui sourit.
À défaut de devancer le succès, il aura fait la nique au temps.
Sous le bras, il a emmené « York Blvd », le dernier album de son groupe.
Acetone. Un nom dilué dans les années nonante, évaporé depuis. Et pourtant…

Formé en 87 de manière plus qu’officieuse et réellement actif à partir de 92, il est composé de deux autres membres, Mark Lightcap et Steve Hadley.
La formule d’Acetone ne changera jamais, jusqu’au jour funeste où son bassiste-leader-chanteur s’ôtera la vie.
Le soleil de Los Angeles ne brille pas de la même façon pour tous les résidents de Californie.
Le groupe l’apprend vite à ses dépends.

Pourtant, les choses ne commencent pas si mal. Et dès 93, avec l’album « Cindy », ils sont remarqués par Virgin Record qui les signe sur une de leurs filiales (Vernon Yard).
Du coup, les voilà partis en tournée avec The Verve.
L’année d’après, suivant son inspiration et ses propres envies, le trio enregistre un album de reprises country (« I Guess I Would ») qui les place quelque part dans la galaxie entre Neil Young et le Velvet Underground.

Sans vraiment décoller, Acetone s’offre néanmoins quelques bonnes chroniques, principalement de ce côté-ci de l’Atlantique.
Attendant de pied ferme la chance, mais demeurant finalement à quai, ils enregistrent entre 93 et 2000 trois albums mineurs, tournent aux States et en Europe (petit passage à l’AB club en 98 si mes souvenirs sont exacts) et commencent à être gagnés par la lassitude.
En outre, loin de ne sniffer que de l’Acetone, Richie se sent de plus en plus frustré.
S’impliquant tellement dans sa musique, il ne comprend pas que lui et ses amis n’en retirent pas les fruits.
La suite, vous la connaissez depuis quelques lignes à présent.

« Things Are Gonna Be Alright » est le titre d’ouverture de leur dernier album.
Il indique déjà l’état d’esprit dans lequel se trouvait son auteur, bien que personne n’y ai prêté attention à l’époque, vraisemblablement.

You may try and try again
Not to be unsatisfied
Just squeezing by one more time
But how long do you go on
Believing things are gonna be alright?


Comme souvent, certaines paroles ne se révèlent qu’au lendemain d’une tragédie.

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