À deux doigts du succès #15 : Paul King

// 13/01/2016

Par David Bouhy

Alors que certains cherchent en vain à gagner la gloire ou du moins ce semblant d’estime que d’autres au contraire fuient comme la peste au point de s’autodétruire , il reste une troisième catégorie, dont nous n’avons pas encore parlé :
Oui, ceux dont les feux de la rampe semblent briller deux fois plutôt qu’une !
Ceux qui plutôt que de passer à côté, reprennent volontiers deux doigts de succès.
Mais qu’on finit quand même par oublier…
Car il existe une catégorie de l’ombre qui connaît sa part de soleil. Et à qui la chance sourit à plusieurs reprises, faisant miroiter des myriades d’étoiles, avant de ne finalement offrir que quelques paillettes.
Et peut être est-ce d’autant plus cruel ? D’être exposé dans une lumière blafarde là où la veille, l’aveuglement vous était promis ?
L’ironie du succès se penche aujourd’hui sur le cas de Paul King. En feuilletant son album souvenirs, elle se remémore. En regardant ces photos jaunies, elle se projette dans le temps. Quelque part autour de l’année quatre vingt. Quand elle repère ce jeune Irlandais d’une vingtaine d’année, à l’école d’Art Dramatique de Coventry.


Il a du style, un sourire ravageur, de longs cheveux couleur jais qui le font plus ressembler à un corbeau qu’à un joueur de foot Est Allemand. Assez de gouaille que pour se mettre en avant, mais point assez de talent que pour percer à l’écran.
Qu’à cela ne tienne, la ville jouit alors d’une certaine notoriété au niveau musical il est facile de trouver de bons éléments assez discrets pour entourer le King sans lui faire de l’ombre.
Comme il se doit, les choses commencent en douceur mais avec détermination.
Placé au centre de l’attention comme chanteur des Reluctant Stereotypes, Paul se dégage rapidement de la mêlée. Lui assure le côté Arty du groupe en affichant un look décalé, pendant que les autres membres du groupe produisent un mélange Jazz Reggae Funk aux consonances Ska tout à fait dignes d’intérêt.
Du reste, aux commandes vocales, Paul se débrouille aussi bien que son prédécesseur, Martyn Bates.


Suivant le cours logique de la vie, les ambitions de chacun grandissent dans l’ombre et King qui rêve déjà de sommets voit d’un bon œil la séparation du groupe fin 81.
Après avoir fait ses armes, le voilà prêt à tenter ses propres expériences.
Épaulé en cela par un ami qui devient officiellement son manager, un certain Perry Haines. Perry n’est pas inconnu dans le milieu puisqu’il a contribué au lancement d’autres groupes à mèches et notamment de Duran Duran. Il est donc la personne idéale pour conseiller la future icône New Wave. Styliste de déformation, il contribue donc à agencer le look prometteur de son poulain.
Voici donc King bardé de couleurs vives jusqu’au bout de ses Dr Martens repeintes à la bombe (ce qui deviendra un signe distinctif dans peu de temps) et prêt à former son propre groupe.
Pour cela, le vivier de Coventry offre toujours autant de possibilité, et bientôt, The Raw Screens voient le jour. Un nom bien vite abandonné pour se concentrer sur l’égo de son leader. Rebaptisé simplement (sic !) King, les voici à la conquête des charts.


Qu’ils vont s’adjuger rapidement, grâce à « Love & Pride » qui restera à jamais leur succès majeur.
Deux albums plus loin (fièrement accrochés aux charts Anglais pendant de très nombreuses semaines), le groupe se sépare, à ce croisement des routes où tant de groupes se retrouvent.
Décidé à ne pas emprunter une voie de garage, Paul, sosie officiel d’un disquaire Liégeois, se tourne alors vers ce nouveau média qui lentement fait loi. J’ai nommé : Le clip vidéo. En effet, sa carrière solo virant au néant, il lui faut trouver un nouveau vecteur s’il ne veut pas sombrer dans l’anonymat. Et comme toute personnalité qui se respecte, King n’est pas résolu à prendre sa retraite anticipée.
Il devient donc VJ, ce qui à l’époque est encore un terme abscond.
Tirant profit de l’essor de l’image (une notion qu’il manipule avec talent depuis pas mal d’années), il devient alors le roi de MTV.


Il devient animateur phare et projette sa lumière sur les petits groupes en lesquels il croit. Volant souvent la vedette, certes, mais créant une émission majeure dans le panorama visuel du début des années nonante.
Pour ceux qui s’en souviennent, « 120 Minutes » était la messe Alternative incontournable du dimanche soir, pour nous qui attendions toujours l’avènement d’un internet, toujours au stade d’embryon.
Mais doucement, le navire MTV prend l’eau et Paul s’évade du côté de VH-1, une filiale de la chaine mère qui vise un public plus mûr. Les projecteurs s ‘éteignent les uns après les autres et ça commence à sentir le placard. Pour autant, Paul ne renonce pas, et n’abandonne pas ses velléités musicales. Mais conscient que son heure a depuis belle lurette sonné, il se consacre modestement à des documentaires.
L’ironie du succès referme alors son album photos. Sans bruit.
Pour terminer en beauté le parcours de ce King hors du commun, elle lui offre sa dernière participation à ce jour. Avec un certain détachement nostalgique et emprunt d’humour, comme une signature aux travers des noms choisis.
On peut donc retrouver Paul sur l’album « Future Madness » du groupe Milanais Reset !, interprétant le titre « House Of Love ».
Une jolie série de clins d’œil à la carrière d’un sacré King !

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