À deux doigts du succès #16 : Mick Ronson

// 04/02/2016

Par David Bouhy

Sans doute le noir n’aura-il jamais autant brillé que depuis l’extinction de son étoile.
David Bowie s’en est donc allé. Avec tout le talent qu’on lui connaissait.
David Bowie, c’est sans aucun doute l’antithèse de ma chronique mensuelle.
Signée d’un pseudonyme qui marque justement l’ambigüité du rapport à la gloire en faisant révérence à l’un de ses plus beaux représentants.
Pensez ! Une rubrique axée sur les perdants magnifiques, les laissés pour compte et autres oubliés du showbiz.
Les branleurs majestueux, les ratés héroïques.
Héros, le mot est lâché !

Oui, on le sait tous, on peut tous être héros, just for one day…
En somme, juste le temps de passer à deux doigts du succès.
Comme cet alias que je me suis inventé, que j’ai imaginé comme blafarde décalcomanie de celui passé maître dans l’art de manipuler les chimères.
David Bouhy, négatif de celui dont tout le monde connaît le nom, les masques et au moins trois chansons d’une discographie pléthorique, que d’aucuns découvrent depuis peu en cours de rattrapage express.

Mais si je ne m’attarderai pas plus longuement sur la disparition de l’emblématique source de mon inspiration, il est une figure sur laquelle je veux revenir aujourd’hui : l’ombre du grand Ziggy.
Appelée à devenir star mais qui n’avait pas la carrure pour assumer pareil statut et se contentait donc de jouer parfaitement son rôle, mais en toute modestie.
J’ai nommé :
Mick Ronson, l’anti-héros du Glam.

L’image a marqué les esprits. Projetés sous les feux de la rampe par une gestuelle équivoque et des costumes audacieux, deux trublions androgynes bouleversent l’histoire du Rock, un soir d’été 72.
L’époque est encore puritaine et dans ce vivier qu’est l’Angleterre, l’apogée du mouvement Glam Rock connaît son premier frisson.
Ce que ces deux jeunes gens transgressent sur scène lors de ce passage à la BBC va bien au-delà des interdits de l’époque et ce qu’ils véhiculeront ne sera rien de moins que l’avenir du Rock.
Si l’onde de choc répercutée par ces images télé réinvente en un instant le mouvement cyclique de la musique du diable, elle propulse également Ziggy Stardust dans la stratosphère à la vitesse VV prime.
Et Mick fait partie de l’odyssée. Pas simplement comme guitariste. Non, Ronson est à la fois l’ami de Bowie, mais aussi son complice. Cela remonte à quelques temps. Les premier symptômes de l’invasion des Spiders From Mars, nommés un moment The Hype. Un groupe où, pour la petite histoire, on retrouve à la basse un certain Tony Visconti.

Au service de la vision de Bowie, tel une ramification de son génie, Mick écrit de concert quelques pages dorées du manifeste Pop.
Orfèvre au service de sa Majesté, il transpose les idées de celui-ci et propose un son unique qui fera bien des émules.
Une combinaison parfaite entre dextérité et talents combinés, qui va bien au-delà de l’apparente mise en scène, qui elle, se charge de les transformer en icônes.

Mais, en homme de l’ombre qu’il est, Mick se contente de s’en tenir au strict minimum.
Il prend la pose et joue pleinement le jeu, mais une fois les spots éteints et les clameurs du public estompées, il s’empresse de retirer son maquillage et regagne ses pénates. Car sa seule obsession est le travail. Virtuose et bosseur fou, il se sent plutôt mal à l’aise avec une notoriété qu’il laisse volontiers à son alter ego spirituel.

Quand ce dernier décide de dissoudre le mythe Ziggy, sacrifiant son personnage sur la scène de l’Hammersmith Odeon, le soir du 03 juillet 1973, Mick n’en prend pas ombrage, et malgré quelques vaines tentatives de lancer une carrière solo, se résout à faire ce qu’il fait le mieux, à savoir se mettre au service d’autres talents.
Car décidément, Mick ne supporte pas d’être porté aux nues.
Alors que ses compagnons de tournée s’ébrouent sur les aires d’autoroute en compagnie de groupies, il disparaît dans son coin et continue de composer.


Il épouse la coiffeuse de Bowie et multiplie les collaborations.
En effet, outre son jeu extraordinaire, ses capacités d’écriture et son aisance musicale en font un allié d’exception.
Si on le retrouvait déjà à la production du Transformer de Lou Reed (72), on appréciera son travail ultérieur avec David Johansen (New York Dolls) ou encore Morrissey (sur l’album Your Arsenal).
Sur scène, on le verra accompagner Dylan et Van Morrisson.

Pourtant, une seconde occasion lui est offerte de devenir un Dieu.
Recruté par Mott The Hoople, il tire le groupe vers le sommet des charts tout en refusant d’asseoir sa réputation de guitar héros.
Ses arpèges issus d’un enseignement classique et rigoureux peuvent bien se mêler à son talent d’écriture Pop, Mick reste fidèle à son habitude, jouant le jeu et assurant sa part de spectacle, tout en restant subtilement en retrait.
À aucun moment, il ne change son mode de vie.
Préférant de loin le calme du studio aux projecteurs tournés sur sa personne, c’est à l’abri des regards que Mick brille de mille feux, enchaînant les collaborations et mettant son don au service d’autrui.


C’est là qu’il finit par être repéré par un cancer du foie, venu le dénicher pour une dernière jam au firmament.

La mort étant cynique, n’est-ce pas cette même maladie qui aurait eu raison de Major Tom, The Thin White Duke, Aladin Sane, ou tout autre nom que vous préférez lui donner ?

Alors peut-être que l’étoile de Ronson revêt moins d’éclat, vu d’ici en-bas, mais elle contribue certainement à l’aura de cette splendide étoile noire, avec laquelle elle forgea, voici plus de quarante quatre ans, l’amorce d’un grand changement.

Aurais-je joué avec son nom pour m’inventer un alias, que cela n’aurait pas eu le même impact, mais Mick Ronson méritait bien de figurer au casting d’À deux doigts du succès !

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