À deux doigts du succès #20 : Gorky’s Zygotic Mynci

// 11/05/2016

Par David Bouhy

Dans “Le Manuel de la Réussite Pop en quelques Etapes essentielles” du docteur Gallagher (éditions Du Parvenu), il est fait mention des indispensables éléments qui jalonnent une carrière glorieuse et des préceptes évidents à toute réussite ostentatoire.
Quelques recettes simples que tout groupe qui se respecte se doit d’appliquer à la lettre sous couvert d’un inévitable échec cuisant.
Écrit d’une traite entre deux rasades de Gin Tonic dilué dans le champagne, cet ouvrage est le b.a.-ba du succès, la Bible des jeunes âmes en recherche de consécration, prêtes à pactiser avec le diable. En parcourant rapidement cet ouvrage, on découvre donc, chapitre après chapitre, le mode d’emploi pour l’ascension dans l’industrie du disque.
Un bouquin qui aura manifestement échappé à Euros Childs et sa bande quand, à l’entame des années nonante, ils décident de concert (sic!) de former un groupe et d’enregistrer leur première démo.

Suivons en parallèle les conseils du docteur Gallagher et l’obstination presque maladive d’un groupe de l’époque à ne pas faire entendre sa voix.

Au chapitre 1, verset 2, il est dit :
Tu te choisiras un nom de scène pertinent, court et efficace. Accrocheur, celui-ci doit venir immédiatement à l’esprit du public qui ne te connais pas encore.

Ce tout premier conseil, à l’évidence remarquable, est un des jalons de la médiatisation, et en se baptisant Gorky’s Zygotic Mynci, on peut en conclure que nos cinq Gallois n’avaient pas à l’esprit une approche mercantile de leur musique.


Gallois ais-je dit?

Plus loin dans les écrits du Docteur ès Pop, un chapitre entier est consacré à l’origine géographique et l’appartenance à un milieu propice à l’émergence d’une légende.
Si, aujourd’hui, le monde entier semble promis à tous les musiciens, il faut en effet se rappeler qu’à l'époque, peu de noms se distinguaient au-delà des deux pôles majeurs que constituaient d’une part l’Amérique, d’autre part l’Angleterre.

Issus de Carmarthen, au sud du Pays de Galles, certes une très jolie campagne battue par les vents, mais dénuée de tout sex appeal, nos cinq camarades auraient manifestement dû penser à l’escapade vers la capitale Anglaise. Que nenni, serait-on tenté d’ajouter.

Donc, quand en 1990, les Gorky’s Zygotic Mynci (un nom dénué de tout sens et choisi pour sa consonance), enregistrent dans leur chambre une série de cassettes démo, tout semble à première vue en place pour que vous n’en entendiez jamais parler. Pas même au travers de ces lignes.

Pourtant, par un de ces faits du hasard, grand amateur d’insolite s’il en est, l’improbable va se produire.

Dénichés on ne sait trop comment par Ankst Records, ce groupe iconoclaste s’apprête à marquer de son empreinte subtile une décennie pourtant fortement influencée par l’égo surdimensionné de certains.

S’échinant presque méthodiquement à contourner toutes les balises menant au succès.
Car non contents de venir du trou du cul du monde avec un pseudonyme imprononçable, les Gorky’s assument pleinement un look on ne peut plus passe-partout, un goût éclectique pour la musique qui fait de leurs compositions un patchwork étonnant. Mais surtout, ils n’hésitent pas à chanter en gaélique, ce qui est à l’encontre de tout bon sens selon le docteur Gallagher que je m’empresse de citer : « L’anglais comme langue unique tu useras, quelles que soient tes origines, bannis tout patois ».

Pourtant, le charme déconcertant de cet amalgame étrangement bien balancé va opérer et séduire bien des oreilles.

Après un premier album paru en 94 (« Tatay »), un titre épinglé dans les pages du NME comme single of the week (« Miss Trudy »), et quelques apparitions télévisées sur MTV ou sur le plateau du Later with Jools Holland, la carrière de nos étonnants Gallois va s’enrichir de sept autres albums, certes inégaux (pourrait-il en être autrement ?) mais au pouvoir de séduction indiscutable.

Ignorant la route menant au firmament, Gorky’s Zigotic Mynci préférera de loin le chemin de la vérité, de la simplicité et assurera, au long de son parcours rêveur et un peu arty, la pérennité d’un principe totalement ignoré par beaucoup de leurs pairs : faire de la musique non pour plaire à tout prix mais par pur plaisir.

Un plaisir gravé sur sillons et dans quelques mémoires encore bercées par la douceur de la voix hésitante et maladroite de Euros Childs, le violon de sa sœur Megan ou les arpèges de John Lawrence.

Gorky’s Zigomatic Mynci. Décidément l’archétype du contre-succès.

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