Beatles & Pythons

// 07/03/2016

Par Maxence de Double Françoise

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le plus grand groupe de l'histoire de la pop, il est temps de faire du rattrapage. Ici il ne s'agira pas de leurs imitateurs venus de Liverpool (quoique, un peu quand même!), mais de ceux que l'on surnomme parfois les "Prefab Four" : les Rutles ! En fait, je voudrais surtout parler de leur créateur, le songwriter et humoriste Neil Innes.

On compare souvent les Beatles et les Monty Python au sujet de leur influence sur la pop culture Britannique. Neil Innes est le personnage qui fait le lien entre ces deux monstres. Les Beatles eux-mêmes s'approchaient parfois de la comédie, du british non-sens, que ce soit dans certaines de leurs chansons ("I am the Walrus", "You know my name") ou dans leurs films. Le label sur lequel il étaient signés (Parlophone) et leur producteur étaient eux-mêmes d'abord spécialisés dans les disques de comédie.

Neil Innes se fait d'abord connaître avec le Bonzo Dog Doo-Dah Band, groupe pop aux influences jazz oldschool et dadaïstes. Innes en est le principal compositeur et co-parolier, et selon les chansons il partage le lead avec le déjanté Vivian Stanshall (ici au micro sur "Canyons of your mind").

En 68, les Bonzos enregistrent leur tube "I'm the urban spaceman" avec Innes au chant, et à la production se trouve le mystérieux Apollo C. Vermouth, pseudo sous lequel se cachent en réalité Gus Dudgeon ("Space Oddity" de Bowie) et un certain Paul McCartney. Les Bonzos avaient d'ailleurs déjà été repérés l'année précédente par les Beatles, qui les avaient ensuite invités pour une scène de cabaret avec striptease dans leur foutraque film "Magical Mystery Tour".

La connexion avec les Monthy Python se fait lorsque le Bonzo Dog Doo-Dah Band fait des apparitions régulières dans l'émission "Do not adjust your set", écrite et jouée par 3 futurs Pythons (Terry Gilliam, Eric Idle, et Michael Palin).

Fin des années soixante, le Bonzo se sépare. A partir de 74, Innes collabore régulièrement avec les Monty Python. Il co-écrit des sketches et compose des chansons pour leurs shows TV et pour leur film "Sacré Graal".

Après la dernière saison du Monty Python's Flying Circus, Neil Innes et Eric Idle créent une nouvelle série télévisée comique, une fausse TV régionale à petit budget (ce qui était aussi le cas de leur show en réalité) appelée "Rutland Television". Beaucoup de chansons sont créées, notamment une sorte de parodie des Beatles, "I must be in love".

Le résultat est trop bon pour s'en tenir à un seul coup. Les Rutles sont ainsi nés. Eric Idle part aux USA. La première vague rétro y fait fureur avec des films comme "Grease", et la nostalgie post-Beatles est déjà en place. Tout cela explique peut-être la genèse d'un film entier (d'abord TV, puis ciné), un "mockumentaire", racontant l'histoire du plus grand groupe de l'histoire de la pop : "The Rutles, All you need is cash" (1978). On peut y apercevoir des membres du Saturday Night Live (Bill Murray entre autres), mais également quelques people du rock : Paul Simon, Mick Jagger, et... George Harrison. Eric Idle joue le (très mauvais) reporter recueillant les divers témoignages (le plus souvent un gâchis de temps et d'argent) sur la vie du fameux groupe dont le premier album fut enregistré en vingt minutes, et le deuxième, en encore plus longtemps.

Innes se surpasse, et certains de ses pastiches sont de vraies bonnes chansons. On est aux frontières de l'humour et de la poésie, presque comme s'il s'agissait d'inédits des Beatles. Musicalement, c'est bon et très habile dans les références, même si au niveau de la réalisation sonore, à la fin des seventies, on ne dispose pas des mêmes moyens de reconstitution maniaque qu'aujourd'hui. L'album sort chez Warner en même temps que le film.



Après ce coup de maître, Innes fera encore une série pour la TV anglaise, "The Innes Book of Records" puis, dans les années 80, il travaillera pour des émissions pour enfants.

Au milieu des années 90 sortent les trois volumes "Anthology" des Beatles, vraies-fausses anthologies, elles contiennent en fait des prises alternatives et souvent incomplètes de la non-totalité de leurs enregistrements. Suite à cela, les Rutles nous gratifient eux-aussi d’une nouvelle blague et sortent ainsi leur album "Archeaology".


Maxence de Double Françoise

Musicien et manipulateur de sons, il est brun avec une raie sur le côté. Grand amateur de technologies obsolètes (dans le désordre : le super 8, les bandes magnétiques, les ordinateurs 8 bits, l'inspecteur Derrick, les OVNIs, la musique Pop, et probablement pire encore), Maxence est aussi la moitié du duo Double Françoise.

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