Beck réussit son virage pop

// 31/10/2017

Par Gilles Syenave

Ça commence par une bonne surprise. Un matin gris d’octobre, vous ouvrez Spotify et la plateforme vous avertit que le nouvel album de Beck est enfin sorti. « Enfin », parce que le gaillard a pris son temps. Annoncé pour la première fois il y a deux ans, « Colors » devait initialement sortir en octobre 2016. Pour des raisons qu’il est sans doute le seul à connaître, Mister Hansen a ensuite constamment repoussé cette échéance, se contentant de balancer des extraits au compte-goutte.

Finalement, quatre singles avaient déjà fuité avant la sortie du disque. Bonjour l’effet de surprise. Résolument pop et optimistes, ils avaient eu le don de titiller notre curiosité. Après le hip hop, le funk, la country, le folk ou encore l’électro, Beck avait visiblement l’intention de chasser sur les terres de Grimes et de Metronomy. Plutôt alléchant, surtout quand on connaît la capacité du bonhomme à s’approprier un style musical. Pratiquant déjà le mélange des genres avant que ça ne devienne la norme, le plus célèbre scientologue après Tom Cruise a su créer une discographie qui ressemble à un set de 2ManyDJ’s. A la fois pointue, abordable et incroyablement éclectique.

« Colors » a été en grande partie écrit en même temps que « Morning Phase », le disque qui a valu à Beck un Grammy Award en 2015. De cette consécration, beaucoup ont surtout retenu la contestation maladroite de ce gros mégalo de Kanye West. C’est oublier qu’elle venait saluer une véritable perle d’americana aux mélodies belles à pleurer. Conçus en parallèle, les deux derniers disques de Beck s’écouteront dans l’ordre inverse de leur parution : « Colors » vous donnera des fourmis dans les jambes le samedi soir, tandis que « Morning Phase » soignera votre spleen du lendemain.

Le disque est produit et co-signé par Greg Kurstin, qui fut le musicien de Beck avant de devenir un redoutable faiseur de tubes. Adèle, Sia, Pink, Liam Gallagher et même le vénérable Paul McCartney figurent notamment sur le CV du bonhomme. Costaud. Dès le premier morceau, l’éponyme « Colors », Beck et Kurstin annoncent directement la couleur (désolé, trop facile). Aussi percutant qu’ingénieux, ce tube instantané est taillé pour vous faire remuer les fesses.

La suite est à l’avenant. Sur « Seventh Heaven », « Up All Night » et « Square One », Beck nous envoie carrément les trois meilleurs morceaux de Phoenix cette année. Dernier single en date, « Dear Life » évoque quant à lui les Beatles et Elliott Smith. Bon, d’accord, il faut avouer qu’un titre comme « I’m So Free » est plus conventionnel et que la ballade « Fix Me » dégouline au point de provoquer l’indigestion. Le résultat global est malgré tout emballant. On se frotte d’ailleurs les mains en imaginant tout ce que ces morceaux donneront en live, un exercice dans lequel Beck a toujours excellé.

Dans l’ensemble, le disque a pourtant reçu un accueil critique assez froid. Trop léché, trop radiophonique, trop convenu… on a parfois l’impression que les reproches faits à « Colors » sont avant tout ceux que les chroniqueurs font à la pop en tant que telle. Ah ! La pop : un genre souvent méprisé par les amateurs de musique, mais où la difficulté réside justement dans l’art de faire simple. Pour le coup, on peut donc affirmer que Beck s’en tire une fois de plus avec les honneurs.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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