Brian and the boys : les trésors enfouis

// 09/04/2015

Par Maxence de Double Françoise

Le cultissime Brian Wilson vient de sortir un nouvel album solo (No pier pressure). Dans cet article, il ne sera pas question de faire la chronique de ce disque, événement qui tient du miracle quand on connaît un peu le parcours de vie de ce héros de la pop, fondateur et compositeur principal des Beach Boys. Non, ce sera plutôt l'occasion pour moi de me replonger dans la riche discographie de ce groupe californien mythique et d'en ressortir quelques albums moins connus ou moins estimés que les classiques Pet Sounds et Smile.

Party ! (1965)
C'est un disque que j'ai très longtemps négligé. Il n'a pas du tout les faveurs de la critique, et pour cause: c'est un album de reprises, enregistré à la va-vite pour faire patienter la maison de disques en attendant que Brian finisse de produire Pet Sounds.

Je ne l'ai pas découvert pour de nobles raisons : pendant des années c'était le seul qui manquait à ma collection des albums sixties des Beach Boys. Voyant que sa réédition CD contenait aussi Stack-o-tracks, un album compilant des "backing tracks" de certaines de leurs chansons, je me suis décidé à l'acheter.

Ce disque sans prétention (mais alors là, aucune!) ne changera pas votre vie, c'est certain, mais en fin de compte, est fort sympathique. Les Beach Boys et quelques amis y font une sorte de jam, chantant des succès de la pop de la première moitié des années soixante (Phil Spector, Beatles, Everly Brothers, etc.).
L'instrumentation est minimaliste: une basse, une ou deux guitares acoustiques, un tambourin et des bongos. Pour le reste, c'est une occasion unique d'entendre les gars s'amuser en faisant leurs fameuses harmonies vocales, loin des enregistrements propres et (très) bien produits par Brian. Et même si on décèle quelques triches (ajout de pistes vocales par-ci par-là), l'ambiance est là, avec les rires, les bavardages, les approximations musicales, et les blagues navrantes de Mike Love.
Chose qu'ils n'avaient certainement pas prévue en sortant ce disque de remplissage, c'est qu'il généra un de leurs plus gros tubes : Barbara Ann.

Smiley Smile (1967)
Cet album a un défaut : il est venu à la place du tant attendu mais jamais achevé Smile. Du coup il passe pour une version bâclée de ce dernier, même encore maintenant, quelques années après la sortie des sessions Smile. Pourtant, il vaut bien mieux que cela. Sa réalisation lui donne une couleur très particulière, très psychédélique (plus que bien des choses ayant l'étiquette "rock psychédélique"). Pour l'essentiel, il s'agit de chansons issues de Smile, mais les orchestrations luxueuses de celui-ci font place ici à une production minimaliste, du moins en apparence, car les parties vocales sont tout même très arrangées. On y entend très peu d'instruments : un peu d'orgue électronique, de basse, de percussions, mais pas de batterie, excepté sur Good Vibrations et sur la moitié de Heroes & Vilains, qui sont des pièces rapportées.
L'ambiance spéciale du disque est aussi due aux conditions d'enregistrements, uniques à l'époque. En bon pionnier de la pop, Brian Wilson s'était fait installer un studio primitif chez lui, bien avant qu'on appelle ça "home studio".
C'est purement subjectif, mais à mon avis certaines plages de Smiley Smile surpassent les versions Smile des mêmes chansons. Par exemple Vegetables, juste soutenu par une basse et un croquage de crudités en lieu et place de percussions.

Friends (1968)
En cette première année post-Sergent Pepper, les guitares se font de plus en plus rugissantes, et les effets de studio de plus en plus recherchés, mais Brian Wilson s'en fout, Smile est déjà loin pour lui. Il semble apaisé (du moins temporairement) et en pleine possession de ses moyens de compositeur. Il en résulte un disque à l'ambiance la plus cool qui soit, beaucoup de good vibrations, des progressions harmoniques magiques, la bande son (presque) parfaite d'un été sans fin. On peut même visualiser la plage sur le titre instrumental Diamond Head, évocation d'Hawaï.
Les orchestrations sont intelligentes, légères et parfaitement dosées. Par exemple, sur la chanson-titre Friends, qui est une valse, le compositeur-producteur nous gratifie d'une rythmique au clavinet ainsi que d'interventions d'un harmonica basse du plus bel effet.
L'album témoigne aussi des débuts de compositeur d'un des frères de Brian, Denis, avec le très poétique Little Bird.
Seule la conclusion du disque interpelle. En effet, Transcendental Meditation évoque un jazz nerveux, un peu dissonant, avec des cuivres qui s'imposent. Cette chanson n'est pas mauvaise, mais c'est une curieuse façon de chanter les bienfaits de la méditation et de conclure cet album très peaceful.

Surf's up (1971)
Cet opus nous prouve que les Beach Boys ont été un vrai groupe, et pas seulement le groupe de Brian Wilson.
A cette époque, ce dernier s'est mis en retrait créatif, ce qui force les autres (ou ce qui leur permet) de montrer leurs capacités de compositeurs et de producteurs. Celui qui a le plus appris de Brian de ce côté, c'est son frère Carl. Ses morceaux Feel flows et Long promised road sont des petits bijoux. Carl prend les choses en main et va même jusqu'à exhumer et finir la production d'un des chefs d'oeuvres de Smile, la chanson Surf's up. Bien avant les bootlegs puis la sortie officielle des Smile sessions, cet album était le seul moyen d'avoir accès à cette chanson incroyable.

Les compos des autres membres du groupe sont sympathiques pour la plupart, excepté le lourdingue Student demonstration time de Mike Love. Globalement l'ambiance du disque est très différente des productions Beach Boys des sixties, nettement plus sombre, comme nous l'annonce d'ailleurs l'illustration de la pochette.
C'est Brian qui enfonce le clou avec deux nouvelles compos : A day in the life of a tree, une de ses chansons les plus étranges et émouvantes, chantée d'une voix mal assurée par le manager des Beach Boys (ce qui colle parfaitement au morceau), et Till I die, qui est tout simplement une des plus grandes chansons de Brian. Ses trois chansons se suivent et terminent l'album, ce qui en fait un disque pas très équilibré, mais contenant des moments très forts qui justifient vraiment son écoute.

Love You (1977)
Au milieu des années 70, Brian est au plus bas (drogues, dépression etc.), mais il réussit tout de même a sortir un album assez bouleversant car il y met toutes ses tripes et son lourd vécu. L'album s'intitule The Beach Boys Love You, et en fait il pourrait presque s'appeler Brian Wilson Loves You, car il a tout composé et quasiment tout joué tout seul.
Beaucoup de claviers donc (piano, orgue, synthés), et des parties de batterie minimalistes, ce qui lui donne un son assez contemporain. Il innove même en remplaçant la basse par un synthétiseur Moog.
A cette époque sa voix s'est déjà abimée, elle est devenue plus grave et instable et reflète son parcours de vie. Les autres Beach Boys interviennent tout de même vocalement pour des choeurs ou des leads.
Les paroles semblent parfois maladroites, enfantines, étranges, mais associées à la musique, elle touchent. C'est là une des caractéristiques essentielles de la musique de Brian Wilson: elle véhicule réellement ses sentiments, ses humeurs, elle ne triche pas. Brian n'est jamais dans la "pose" ni dans le second degré, même lorsqu'il fait de l'humour.
Cet album divise les fans des Beach Boys pour son côté "rough", mal léché, mais il me semble être le dernier grand disque du groupe.


Maxence (Double Françoise)
Musicien et manipulateur de sons, il est brun avec une raie sur le côté. Grand amateur de technologies obsolètes (dans le désorde : le super 8, les bandes magnétiques, les ordinateurs 8 bits, l'inspecteur Derrick, les OVNIs, la musique Pop, et probablement pire encore...), Maxence est aussi la moitié du duo Double Françoise.

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