Chauffe marcel !

// 04/04/2017

Par Catherine Colard

Le soleil vient de se lever. Encore une belle journée. Et il va bientôt arriver. L’ami tatoué. Avec ses potes en bermuda et leurs girlfriends en tongues dorées, ils se sont donné le mot : cet été sera littéraire MAIS sexy (ou inversement) grâce au t-shirt à message. Chauffe marcel !

Le retour des beaux jours marque celui des crèmes glacées, des UV, des BBQ et du moche. Dès que le Grand Blond darde son premier rayon, les fashions victims so 2014 s’y exposent, s’exposant par la même occasion à une vilaine amende de la part de la fashion police, qui rôde dans l’ombre pour protéger nos rétines. Des indices?

Petits-enfants bâtards des loques punk très « No Future » et des arc-en-ciels vestimentaires estampillés Club Dorothée, les new t-shirts à message partaient sans doute d’une bonne intention. C’est que notre monde n’est pas trop en mode rigolade ces derniers temps. La crise c’est maintenant, et l’austérité d’un simple t-shirt blanc marqué d’un mot ou d’un slogan MDR, rebelle, voire absurde, c’est un peu la punkitude 2017 made in Primark. Et ça, c’est cohérent. Mais c'est moche.

La mocheté est bien entendu une perception toute subjective et certain(e)s l’assument avec brio, assurant même qu’il est temps de revenir à une esthétique weird qui bouscule les mirettes. Parce que quand tout le monde trouve un truc beau, c’est que ce truc commence effectivement à devenir chiant. OK. Sauf que. Pour pouvoir apprécier d’un nouvel œil le concept de beauté, encore faudrait-il que l’insulte au bon goût qu'est la fringue à message nous laisse toute liberté de l’interpréter. Alors comment interpréter sans tiquer ces slogans bidon fièrement exhibés sur des poitrails ayant passé leur crise d’ado depuis bien ça?

Sages « Coeur à prendre », « Je suis une princesse et je t'emmerde », « YOLO », « Tatouée mais bien élevée » ou devises plus décalées pseudo-cyniques du genre « Mademoiselle Relou », « Ce t-shirt est moche » (certes) et « Je ne râle pas, je m’exprime », ces ptits hauts à dix balles entendent-ils vraiment prêcher la bonne parole vestimentaire? Les messages philosophico-textiles du type « Bosser tue », « Je pense donc j’essuie » et « Je suis moins sage que mon image » ont-ils leur chance au Nobel de la Fashion Weak? Changent-ils la vie, quoi?

Un simple « Bourrin » aurait suffit, me chuchote sans appel David Jeanmotte, le Cristina Cordula belge borain (c’est-à-dire vraiment plus sympathique que l'autre). Autrefois réservé aux campings (Franck Dubosc, sors de cet édito) et aux enterrements de vie de jeune fille (les pauvres, nous y reviendrons), le marcel verbeux, cette mauvaise blague, aurait dû y rester.

Ma conclusion sera sans appel: le ridicule ne tue pas toujours. A vous de voir. Dans cette cacophonie fringuo-textuelle à haut potentiel LOL, fais-toi plaisir pour ton meilleur et pour ton pire. Exprime-toi, petit Che de terrasse, assume ta fibre ado potache et tes fantasmes nostalgiques Barbie paillettes pétasse.
Mais, attention danger, ton « J’ai pas de culotte » aura du mal à matcher avec le « Salut les moules » de ton ex-futur-boss-amant-styliste.

Weird oui. Pathétique jamais.

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