​Daniel Treacy

// 08/12/2016

Par David Bouhy

Un centre hospitalier boisé.
La pluie ruisselant sur les carreaux.
Le martèlement des gouttes faisant écho au néant.
Si son esprit génère certainement encore de fulgurantes merveilles, il est à présent bien le seul à les entrevoir.
Lui qui végète ici depuis quelques temps déjà.
Sans plus trop y croire.
Orphelin de sa raison.
Car celle-ci, bien trop occupée à faire la chasse aux voix qui murmurent, s’en est depuis longtemps allée.
Le laissant seul. Désespérément seul avec ses nombreux fantômes.
Ceux qui ressassent le passé sans aucune pitié.
Fomentant la plus ignoble des folies. Soulignant l’implacable vérité, du premier trébuchement jusqu’à la chute sans fin.
Sans doute est-il conscient que les étoiles ne sont jamais aussi lumineuses que quand elles viennent à s’effondrer sur elles-mêmes ?
Car c’est ce que Daniel Treacy fait justement de mieux dans la vie.
Dépeignant au passage toute la noirceur de son existence au travers de chansons fragiles tissées dans un écrin brut.

Car tel le dessein d’une comète en perdition, la discographie de Television Personalities n’a d’autre ambition que de refléter les affres d’un parcours chaotique, jonché d’épreuves. Et son sillage est magnifique à voir. Autant que ce qu’il reflète est angoissant.

Enfant prisonnier d’un corps vieillissant, son auteur pilote maladroitement la calèche du destin sur les pentes sinueuses et escarpées de la fortune.
Années après années, se relevant tant bien que mal, le cœur écorché.
Officier comme fossoyeur de ses rêves, s’avérant au final être plus rédempteur que salvateur.

Génie foutraque autant qu’imprévisible, Daniel est de la trempe de ses héros, Syd Barret en tête, avec qui il partage plus d’un point commun. Comme cette faculté à disparaître.
Je devrais dire s’éteindre.
Comme une flamme timide, une braise mourante mais qu’un simple souffle vient à réveiller.
Si sa carrière en dents de scie ressemble à un écueil plus qu’à un recueil, elle rime surtout avec cercueil.
Mais d’un bois rare et précieux. Et inaltérable, même enfoui sous la boue.

Icône d’une poignée de mortels, il n’en finit pas de s’évanouir, comme l’éther.
Dernièrement, privé d’une grande partie de ses facultés motrices suite à une attaque, cet être à part végète aujourd’hui quelque part derrière des yeux vitreux.
Dans un monde empli de terreurs, de monstres, de peurs enfantines et d’horreurs adultes.
Incapable de s’en protéger, malgré ses tentatives maladroites.
Junkie notoire et épave notable, maintes fois incarcéré dans des institutions pénitentiaires, Dan a bravé la vie, plus que la mort.
À présent, il ne lui reste que l’attente. Sans aucune arme pour se protéger de lui-même.

Se plonger dans ses titres, c’est appréhender la souffrance sous le jour d’un regard innocent.
Une voix et un chant ricochant sur des compositions bancales mais parfaitement ajustées au mode DIY, reflétant les sentiments d’un enfant Punk accroc aux douceurs psychédéliques de bonbons acidulés.
Grave et insouciante à la fois.
Comme la vie.

Une vie qui n’aura laissé que peu de répit à Treacy.
Brisant ses os et ses espoirs dans un même élan ravageur.

Pourtant, d’aucuns disent l’avoir aperçu dernièrement dans la brume, une guitare à la main, ciselant une épitaphe sans fin.

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