Dig Deeper #09 : Encore et encore

// 22/11/2016

Par Kaboom!

The Get-Down, la virevoltante série de Baz Luhrmann, nous a donné envie de nous replonger dans les débuts du hip-hop. Cela tombe bien : quantité de compilations documentent elles aussi cet âge héroïque où le rap s’est bricolé à tâtons sur les décombres d’un genre déliquescent – le disco – et sur les ruines d’une ville en faillite – le New York 70s, Grosse Pomme pourrie jusqu’au trognon. Dans le lot, « Rock It… Don’t Stop It » nous a paru une toute bonne pioche.

Géographiquement élargie à d’autres villes (Boston, LA etc.), la sélection y est musicalement très resserrée. Dix morceaux seulement, souvent très longs, rien de connu, mais que du bon. Dix morceaux sur lesquels on retrouve, intactes, toute la fraîcheur, toute la pertinence, toute l’ingéniosité et toute l’ingénuité du mouvement. De la jubilation, partout. Une joie très pure, enfantine. Celle de recevoir un joujou si neuf, si fou, si plein de possibilités encore mystérieuses qu’il donne envie de rire, comme ça, ha ha, sans raison. De bondir comme un cabri, d’agiter les bras dans tous les sens, de déverser comme un seau de Lego les mots qui claquent, les punchlines fanfaronnes, les onomatopées qui n’existaient pas la seconde avant. Encore et encore et encore. Et encore. Jusqu’à la transe.

Telle est la vertu des breaks disco montés en boucles bégayantes : reconfigurer l’espace-temps, le distendre et l’étirer, y creuser des rigoles, des ornières, des poches d’énergie concentrée, d’inépuisable entrain. Et si, musicalement, le genre désosse le disco, il ouvre aussi d’autres perspectives, inédites et excitantes, annonçant par exemple la no-wave insolente et élastique des filles d’ESG.

Dans l’excellence générale, quelques morceaux surnagent. "Boom" de Hardkore, par exemple, qui fait trembler les murs déjà branlants du South Bronx, quartier supra craignos, avec des effets spéciaux dignes du plus monstrueux des sound systems jamaïcains. Ou "MC Rock" des Jazzy 4 MCs, crew dont les flows époustouflants semblent constamment sur le point de dérailler. Alors que non, jamais. Et puis nos chouchoutes, les Jackson Two et leur "Oh Yeah" imparable et sans prétention, irradiant une innocence juvénile assez irrésistible. Ces deux adolescentes rappent comme on saute à la corde dans le crépuscule orange d’une belle journée d’été. Rêvent glaces à la fraise plutôt que chaînes en or et gros calibres. On imagine très bien les mini-shorts satinés et les chaussettes montantes. Le genre de disques dont émane la plus étrange des nostalgies : celle d’une époque que l’on n’a pas connue.

Rock It… Don’t Stop It! (Rapping to the Boogie Beat in Brooklyn, Boston and Beyond, 1979-1983) [BBE, 2014]

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