Dig Deeper #11

// 30/01/2017

Par Kaboom!

Piero Umiliani "Gassman Blues" (1958)
Source : "La Dolce Vita! Italian Cool… from Rome to the Amalfi Coast" (Union Square 2015)

Certes, sa notoriété n’est pas celle d’un Morricone ou d’un Rota. Piero Umiliani (1926-2001) n’en a pas moins laissé éclater son talent tout au long d’une filmographie costaude, avec 150 films mis en musique entre 1958 et 1982. Versatile, pas bégueule, il a touché à tous les mauvais genres du cinéma transalpin, du western spaghetti au giallo en passant par l’Eurospy et le porno soft. On lui doit la BO de plusieurs Django ainsi que celle, restée fameuse, de "Suède, enfer et paradis", l’un des plus emblématiques des mondo movies, ces pseudo-documentaires aux thématiques racoleuses dont raffolait alors le cinéma bis italien (celui-là se proposait d’explorer sous tous les angles la sexualité scandinave). Tout, sur son CV, n’est pourtant pas aussi déviant. Sa première bande originale, par exemple, n’est autre que celle du "Pigeon" de Mario Monicelli, chronique des combines et déboires d'une bande de pieds nickelés et quintessence de la comédie à l’italienne. Un score que fait pétiller la trompette de Chet Baker (excusez du peu) et qui, découplé du film, dissocié des images, arraché à sa fonction illustrative, apparaît tout simplement comme l’un des sommets du jazz cool.


Chic Streetman "Ode to Maffen" (1975)
Source : "La Cave Saravah, Vol. 1" (Saravah 2006)

Si Saravah apparaît aujourd'hui comme le meilleur label français des années 1970, c'est grâce à l'approche décontractée, résolument slow-biz, de son fondateur, le regretté Pierre Barouh. Approche qui lui permit, à la cool, sans pression, par petits bouts, au gré des rencontres et des coups de cœur, d'engranger un catalogue génial, en apparence aléatoire et pourtant si cohérent. "Le hasard fait bien les choses" : l'adage est connu et trouve chez Saravah de brillantes illustrations. Ainsi de ce jour où la trajectoire du patron croisa celle de Chic Streetman, musicien afro-américain qui, en 1975, fraîchement débarqué en France, se voit ouvrir les portes du fameux studio des Abbesses, pour y enregistrer un premier album, "Growing Up", jamais réédité depuis. Et franchement, c'est bien dommage : cette "Ode to Maffen", enregistrée avec le grand percussionniste brésilien Nana Vasconcelos et exhumée en 2006 pour une compilation fêtant les 30 ans de Saravah, est un pur joyau de folk-blues gorgé de soul, évoquant pêle-mêle Bill Withers, les premiers Ben Harper ou un Nick Drake qui aurait traîné son spleen entre les méandres du Mississippi plutôt que sous le ciel plombé de l'Angleterre. Un morceau aux contrastes fascinants, agile et profond, uptempo mais comme chuchoté au creux de l'oreille. Streetman y donne l'impression de galoper vers les cieux sur un baudet aux pieds ailés.


Kim Fowley "Almost Summer" (2000)
Source : "Caroline Now! The Songs of Brian Wilson and the Beach Boys" (Marina 2000)

En 2000, la scène écossaise, bastion pop s'il en est, rendait à Brian Wilson un hommage aussi vibrant que soigné. Et invitait pour l'occasion quelques amis d'outre-Atlantique, histoire de ramener un peu de chaleur west-coast dans les rues grises de Glasgow. Le tout entrepris sous cette belle devise : "Mike Love, not war" ! Parmi lesdits invités, Kim Fowley, mercenaire génial et cintré du rock hollywoodien. Qui, accompagné de la crème des musiciens locaux, fait reluire de sa belle voix charismatique une perle méconnue du répertoire wilsonnien : la chanson-titre d'un teen-movie oublié de 1978, "Almost Summer", dont Mike Love justement signait, avec son groupe Celebration, la bande originale. Guitares feu de camp, tambourins beatnik, chœurs juvéniles et solaires : y a d'la joie sur cette plage. Des bières au frais, du vent dans les cheveux et du sel sur la peau. Mais aussi, tapis sous l'insouciance et l'euphorie, des sentiments plus troubles. Quelque chose de tragique et de sournois qui s'appelle la fuite du temps. Fowley n'exhume-t-il pas, avant de chanter, une vieille anecdote ? Les interprètes de cette reprise n'ont-ils pas deux ou trois (ou quatre) fois l'âge du rôle ? Comme si l'utopie californienne et l'été éternel restaient à portée de doigts mais qu'il fallait désormais les contempler le nez écrasé contre une vitre blindée. Bouleversant.

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