DIG DEEPER #12 - Fantastic Man

// 31/01/2017

Par Kaboom!

Le 16 janvier dernier s’est éteint, à l’âge de 70 ans, le grand William Onyeabor. Un personnage bien mystérieux, longtemps resté obscur, mais qui aura fini par marquer l’histoire de la musique africaine en général et du groove nigérian en particulier.

Ce qui fascine d'abord chez Onyeabor, c'est sa biographie, romanesque en diable, où il est bien difficile de trier le bon grain factuel de l'ivraie mythomane. Peu disert, ne confirmant ni n'infirmant aucune des rumeurs, nombreuses et assez folles, qui ont couru sur son compte, le lascar pouvait ainsi se targuer d'un curriculum baroque où étaient cochées les cases les plus improbables : étudiant en cinéma à Moscou, petit chef tribal ou magnat de la semoule. Ce qui est sûr, c'est que William Onyeabor, à un moment donné, s'est colossalement enrichi et qu'il a réinvesti une partie du pactole dans la mise en place d'un écosystème musical (studio, label, usine de pressage) dont il était le principal bénéficiaire.

Cette aisance financière lui permit d'autoproduire une série d'albums – huit au total, entre 1977 et 1985 – où il greffa sur l'ossature déjà ronflante de l'afrobeat un tas d'options délirantes, embarquant notamment ses choristes et le funk ouest-africain vers d'hypnotisants territoires synthétiques. Un peu comme si Fela Kuti avait poussé la porte des studios Kling Klang à Düsseldorf pour y taper le bœuf avec Kraftwerk. Certes, comme le montre la sélection que nous vous avons concoctée ce mois-ci, William Onyeabor ne fut pas le seul en Afrique, durant ces années-là, à tâter des machines. Du Cameroun à l'Afrique du Sud, du Nigeria au Congo, ils furent quelques-uns à bidouiller talentueusement des bécanes pourtant rudimentaires. Mais personne ne le fit avec autant de constance et de fantaisie.

Devenu très religieux sur la fin de sa vie, Onyeabor jouit lui-même, depuis le magnifique travail de réédition entamé en 2013 par le label Luaka Bop, d'un culte fervent. Au point de voir sa musique aujourd'hui ressuscitée, sur scène, par ce qui est sans doute le plus incroyable supergroupe à s'être un jour frotté à l'exercice généralement douteux du tribute : l'Atomic Bomb! Band a ainsi vu défiler en ses rangs, depuis 2014, des gens comme David Byrne, Damon Albarn, Pharoah Sanders, Money Mark, Alexis Taylor (Hot Chip), Luke Jenner (The Rapture), Amadou et Mariam, Para One ou les Young Fathers.

Cela faisait au moins deux mille ans qu'une nouvelle religion n'avait pas aussi vite brassé aussi large.

Playlist :

  • William Onyeabor, Ride On Baby (Nigeria, 1977)
  • William Onyeabor, Atomic Bomb (Nigeria, 1978)
  • Lijadu Sisters, Come On Home (Nigeria, 1979)
  • William Onyeabor, Body and Soul (Nigeria, 1980)
  • Francis Bebey, New Track (Cameroun, 1982)
  • William Onyeabor, Hypertension (Nigeria, 1982)
  • William Onyeabor, Good Name (Nigeria, 1984)
  • Paul Ndlovu, Khombora Mina (Afrique du Sud, 1985)
  • Letta Mbulu, Nomalizo (Afrique du Sud, 1985)
  • Tabu Ley Rochereau, Hafi Déo (Congo, 1985)

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