Django Django a retrouvé sa recette

// 07/02/2018

Par Gilles Syenave

Qui a dit que les Anglais, les Ecossais et les Irlandais ne pouvaient pas se saquer ? En formant Django Django en 2009, David Maclean, Vincent Neff, Jimmy Dixon et Tommy Grace ont prouvé qu’il était parfaitement possible de réunir plusieurs citoyens du Royaume-Uni dans un projet commun.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès fut directement au rendez-vous. Censé n’être qu’un petit album underground vendu à quelques exemplaires, leur premier disque éponyme se classa dans le top-50 du NME et fut en lice pour le Mercury Prize du meilleur album de 2012, rien que ça. Il faut dire que le groupe avait plus d’un tour dans son sac. Combinant des influences a priori inconciliables comme les harmonies psyché des années ’60 et l’électro-pop des eighties, Django Django faisait mouche auprès de tous les amateurs de musique ambitieuse. A la fois tubesque et élégant, leur single « Default » fut sans doute le morceau le plus joué dans les DJ-sets des soirées Indie durant les quelques mois qui ont suivi sa sortie.


Pour « Born Under Saturn », publié trois ans plus tard, le quatuor changea complètement son fusil d’épaule. Alors que son premier essai avait été bricolé avec trois francs six sous dans un local de fortune, Django Django investissait cette fois le studio Angelic, un grand espace rempli d’équipement dernier cri dans la banlieue d'Oxford. Le résultat final fut assez décevant. A trop vouloir se démarquer de son premier effort, Django Django semblait avoir perdu sa capacité à produire des chansons catchy au profit d’expérimentations un poil rasoires. Too bad.

Attendu au tournant par tous qui avaient été déçus par ce coup dans l’eau, le groupe a eu la bonne idée de faire marche arrière. Sur « Marble Skies », leur nouvel album, les quatre gaillards renouent avec l’esprit DIY des débuts. Tandis que Maclean était parti se ressourcer dans sa ville natale de Dundee, ses trois comparses ont recruté la batteuse de Metronomy Anna Prior et se sont enfermés dans l’Urchin Studio, une structure plus modeste qui leur convient manifestement davantage. Ils y ont enregistré leurs bidouillages pendant 10 jours avant de passer le relais à leur leader rouquin, qui y a ajouté son grain de sel à son tour.

Ce retour aux sources est plutôt emballant, à l’image du morceau éponyme qui ouvre le disque. Parfaite entrée en matière, il nous plonge directement dans une atmosphère rythmée et délicieusement eighties. « Surface To Air », la plage suivante, bénéficie quant à elle de l’apport de Rebecca Taylor, la délicieuse chanteuse de Slow Club. Elle nous y offre un avant-goût d’été avec un titre parfait pour enflammer un dancefloor. C’est également le cas de « In Your Beat », qui s’ouvre sur une longue intro électro avant de partir sur une mélodie pop eighties.


Malgré quelques temps morts, « Marble Skies » est un album qui rassurera tous ceux qui ont été déçus par « Born Under Saturn ». Véritable sommet du disque, le morceau « Champagne » synthétise tout le savoir-faire du quatuor. Une ligne de basse impeccable permet au morceau de tenir la route, tandis que les autres instruments partent gentiment en vrille. Parvenant à nous réjouir sans jamais se répéter, les quatre lascars ne se sont pas contentés de retrouver la recette qui a fait d’eux un des groupes les plus intéressants de ces dernières années. Ils arrivent aussi à nous surprendre, en incorporant de nouveaux ingrédients dans leur menu.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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