Elbow, la force tranquille du rock anglais

// 16/02/2017

Par Gilles Syenave

Certains groupes sont passés maîtres dans l’art de ne pas avoir l’air d’y toucher. Capables de remplir des stades en Angleterre et d’aller gentiment faire leurs courses le lendemain, les membres d’Elbow sont l’exemple parfait de ces artistes qui n’ont pas besoin du star-system pour connaître le succès. Il faut dire que ces Mancuniens ont eu le temps de le voir venir. Actifs depuis plus de 25 ans, ce n’est qu’il y a une petite dizaine d’années qu’ils sont réellement entrés dans la cour des grands.

Ils doivent ce changement de statut à la parution de « The Seldom Seen Kid », un quatrième album qui leur a permis de remporter le Mercury Prize du meilleur disque en 2008. Depuis lors, le groupe a encore publié un EP et trois albums, dont le petit dernier baptisé « Little Fictions ». L’enregistrement du disque a été marqué par deux évènements majeurs. Après de longues années de bons et loyaux services, le batteur Richard Jupp a décidé de quitter ses quatre camarades de jeu pour se consacrer à d’autres projets, dont une école de batterie et une association de lutte contre l’autisme. Classe. Pour le remplacer, Elbow a fait appel au batteur de studio Alex Reeves, qui avait déjà collaboré avec le chanteur Guy Garvey sur son album solo publié l’an dernier. Ce musicien qui n’a pas été intégré au line-up officiel du groupe apporte d’ores et déjà sa touche personnelle, avec des rythmes plus fouillés et surprenants que son prédécesseur. Il les emprunte au hip hop, à l’électro et au jazz, amenant un vent frais qui contribue à la réussite de l’ensemble.

L’autre tournant dans la vie d’Elbow, c’est le mariage de Guy Garvey avec l’actrice anglaise Rachael Stirling, rencontrée après sa séparation avec la romancière Emma Jane Unsworth. « The Take Off and Landing of Everything », l’opus précédent du groupe, était marqué par cette rupture et les difficultés rencontrées par Garvey pour s’en remettre. « Little Fictions », à l’inverse, est rempli de déclarations d’amour à sa nouvelle dulcinée, qui se voit notamment gratifier d’un bien joli « You’re My Reason For Breathing » sur le morceau « Trust The Sun ». Trognon.

Ce septième album studio donne exactement ce qu’on est en droit d’attendre d’un disque d’Elbow. Envolées mélancoliques, refrains galvanisants, cordes vibrantes et lignes de basse épurées, tous les éléments qui ont fait le succès du combo sont à nouveau présents. Et au-dessus de tout cela, la voix chaleureuse et douillette de Garvey, capable de transmettre de la peine et du réconfort au même instant. Certains trouvent la recette ennuyeuse et on peut les comprendre. Ils ne changeront certainement pas d’avis cette fois-ci. Mais tous ceux qui se sentent touchés par cette humanité brute seront une nouvelle fois aux anges.

Depuis le succès de « The Seldom Seen Kid », Elbow semble marqué par la volonté d’inclure dans chacun de ses albums un ou deux titres que le public pourra reprendre en cœur lors de leurs prochains concerts. Ce rôle est cette fois rempli par « All Disco » et « Little Fictions », deux morceaux qui ne feront pas tache aux côtés de « One Day Like This », « The Birds », « Lippy Kids » ou encore « Ground For Divorce ». C’est pourtant quand le groupe s’avance en terrain moins familier qu’il se montre le plus convaincant. Avec son gimmick de guitare en intro, le ravissant « Magnificent (She Says) » évoque Pinback, d’autres maîtres dans l’art de faire monter la sauce en douceur. On se surprend aussi à trouver des sonorités communes avec Radiohead (« Trust The Sun ») et le Velvet Underground (« Kindling »).

Considéré comme le plus gentil et le plus doux des groupes anglais, Elbow a toujours eu cette réputation d’artistes bien élevés qui alternent les ballades émouvantes et les hymnes pour les stades. Leur charme réside dans leur accessibilité, mais cette image un peu lisse occulte le fait qu'ils ont toujours eu l’ambition de se renouveler. Au fil de sa discographie, le combo est ainsi parvenu à créer un style immédiatement reconnaissable, tout en apportant une touche personnelle à chacun de ses albums. Parmi ceux-ci, « Little Fictions » s’impose comme le plus apaisé, le plus intime et le plus chaleureux de tous. « It’s All Gonna Be Magnificent », chante Guy Garvey sur le morceau d’ouverture. On peut dire qu’il annonce directement la couleur.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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