Eloge de Delphine Volange

// 28/01/2015

Par Didier Dahon

Elle a un nom romanesque, entre Laclos (Cécile Volanges) et Demy (Delphine et Solange, les soeurs des Demoiselles de Rochefort). C'est-à-dire un nom qui résonne d'innocence libertine et de musique, un nom comme une formule secrète, celle de la Jeune Française, élégante, distinguée, légère.

Elle a une voix d'une beauté adjanienne étourdissante, avec des passages vers les aigus légèrement tremblés, dangereux, coupants, qui provoquent la même sidération que celle que l'on a ressentie, un beau matin de 1984, en mettant l'album d'Adjani sur la platine.

Elle a un répertoire de chansons pop parfaites, écrites le plus souvent avec Bertrand Belin, sombres, délicates, limpides, mystérieuses, évidentes...

Elle a le toupet de la sophistication radicale, qu'elle pousse à l’extrême : robe de soirée ou déshabillé, en scène bien sûr, mais en répétition également, paraît-il, comme le gage d’un profond respect pour l’art de s’exposer et d'entrer sous la lumière, bien loin esthétiquement, éthiquement, philosophiquement, de l'armée des Souillons de la Chanson Française.


Elle a tout, donc. La politesse, la tenue, le timbre, la voix, les références et les diérèses – mais ce tout ne serait rien sans le surcroît insaisissable qui fait les grandes : un style, une écriture, un langage (quel que soit le mot en vogue pour désigner la chose) comme un fourreau Saint-Laurent cousu à même la peau. Elle chante le Parc Monceau, les mimosas, les Îles Borromées, les hôtels, l'eau de toilette de Courrèges. Elle chante la matière sublimée par la flamme, l'incendie ou la mort, et tout cela tombe si parfaitement avec la voix, le nom, le costume ou le mouvement d'un bras sur la scène, que l'on en reste stupéfié et bouleversé, comme par exemple dans le refrain de "Au feu" ou dans ce "Mal intérieur" renversant enregistré avec Howe Gelb, si près d'Adjani – et de "La Chanson d'Hélène" – que le trouble devient jouissance et que, dans une sorte de sublimation inversée, l'impalpable se transforme en larme.

Comme toutes les choses radicales, délicates et précieuses, Delphine Volange est rare. Ne ratez pas sa prochaine apparition à la Maison de la Poésie (Paris), le 29 janvier.


Lalalala

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