Filmkomponisten #1 : Peter Thomas

// 20/05/2016

Par Maxence de Double Françoise

Pour les fans de musique et les collectionneurs de disques, l'Allemagne est le pays de la vague Krautrock des années 70. Il y a pourtant un autre pan de la culture populaire d'outre-Rhin qui reste peu exploré, ou seulement par certains spécialistes obsessionnels, celui de la musique de films des années 60 et 70.

Deux musiciens y ont particulièrement œuvré : Peter Thomas et Martin Böttcher. Tous deux ont commencé a travailler pour le cinéma vers la fin des années 50. Ils ont essentiellement composé pour des films commerciaux, puis, avec le déclin de ce secteur (en Allemagne) et la montée en puissance de la télévision courant des années 60, ils ont suivi le mouvement. Sans le savoir, vous aurez peut-être déjà entendu une de leurs œuvres au détour d'une célèbre série policière. Tous deux à la fois compositeurs et orchestrateurs au grand savoir-faire, ils ont énormément produit, et pas toujours pour le meilleur. On trouve beaucoup de curiosités kitsch, mais aussi quelques pépites, souvent à la croisée de plusieurs genres musicaux.

Peter Thomas est le plus fou des deux. Tel un Morricone germanique, il expérimente beaucoup au niveau de ses orchestrations. Ses enregistrements ont souvent un côté pas très propre, rugueux. Son utilisation des voix est notable en particulier : onomatopées, voix étranges, vocalises... Ceci provoque parfois un certain inconfort chez l'auditeur (bien à propos le plus souvent, mais pas toujours !) et contribue également à créer une pâte sonore à la personnalité forte. Ces mélodies un peu folles vont aussi dans ce sens. Peter Thomas a notamment travaillé dans ce sens sur la série de films basée sur les romans policiers d'Edgar Wallace.

Un de ses tubes est le thème de Raumpatrouille, une des premières séries TV de science-fiction. C'est aussi un des premiers cas d'utilisation de l'effet vocodeur sur un enregistrement commercial.

Peter Thomas est un véritable caméléon, à l'aise dans n'importe quel style musical (jazz, pop, disco, funk, tango, etc)
Il considère cette aptitude comme fondamentale dans son métier de compositeur pour l'image.

Naviguant dans les genres cinématographiques les moins nobles et les moins respectés, il a entre autres composé pour des films érotiques, films qui jusqu'au début des années 70 ne disaient pas leur nom, mais se cachaient derrière un prétexte d'éducation sexuelle. Deux de ces B.O., assez réussies, ont été éditées en 2009 chez All Score Media.

À noter aussi, une compilation, baptisée The erotic world of the Peter Thomas sound orchestra. Au passage on y remarquera le premier effort de Donna Summer, monsieur Thomas précédant donc monsieur Moroder dans le rôle du découvreur de voix.

Toujours dans les bons coups, Peter Thomas a aussi composé les bandes originales des films documentaires Chariots of the Gods? (Présence des extra-terrestres en V.F.) et Mysteries of the Gods, basés sur les écrits de Erich Von Däniken et ses théories sur les anciens astronautes (éditée chez Universal Jazz). Il est également passé par le film de kung-fu avec la B.O. du film de Bruce Lee The big boss (dispo chez All Score Media).

Ces dernières années, Peter Thomas a acquis un certain respect et une relative notoriété chez les fans de musique pour l'image. C'est ainsi que suite à une recommandation de Tarantino, la musique du musicien allemand s'est retrouvée sur le film de Georges Clooney Confessions of a dangerous mind.

La production musicale de Peter Thomas est vaste, mais tout n'a pas été (ré)édité, loin de là. Et comme pour beaucoup de compositeurs de cinéma, il est difficile de se repérer dans sa discographie. Je signalerai tout de même, en plus des autres références, Majolika lounge une petite compile sympathique, malgré un ou deux faux pas sur la fin.

La suite au prochain épisode...


Maxence de Double Françoise : Musicien et manipulateur de sons, il est brun avec une raie sur le côté. Grand amateur de technologies obsolètes (dans le désordre : le super 8, les bandes magnétiques, les ordinateurs 8 bits, l'inspecteur Derrick, les OVNIs, la musique Pop, et probablement pire encore), Maxence est aussi la moitié du duo Double Françoise.

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