Focus sur Alice Lewis

// 22/01/2015

Par La rédaction

Après un premier album, No One Knows We’re Here, en forme d’éclosion aquatique, entre sirène et Vénus, Alice Lewis, devenue bel oiseau de nuit bariolé, prend enfin son envol sur Your Dreams Are Mine, deuxième essai planant haut au sein d’une nouvelle scène française (Chassol, Limousine, Chatelard, Paris) qui réconcilie pop mainstream et recherche formelle. Après une enfance au Royaume-Uni bercée par la synth-pop de Depeche Mode, Soft Cell ou Human League, Alice Lewis fait ses études aux Beaux Arts à Paris où la pratique du dessin, de la sculpture et d'installations l'amène à y écrire ses premières chansons. En 2004, elle part étudier l'opéra en Chine et la cithare à Taiwan.

Choriste pour Sébastien Tellier (sur Politics) ou compositrice de musiques de films (Le renard et l’enfant de Luc Jacquet, réalisateur de La marche de l’empereur) et de publicités, elle sort son premier disque, No One Knows We’re Here, enregistré entre Paris et la campagne anglaise, en octobre 2010 chez Naïve.

Produit par Ian Caple (Tricky, Alain Bashung), l'album délivre douze comptines electro-pop nimbées d’arrangements de cordes (par le quatuor des Tindersticks et de Divine Comedy), sur lesquelles elle pose sa voix haute et éthérée, comme une Kate Bush en apesanteur ou Alison Golfrapp aux pays des merveilles. En cette rentrée 2014, elle achève son deuxième album, dont elle a confié la production à deux jeunes musiciens aventureux, Maxime Delpierre, (Limousine, Rachid Taha) et Frédéric Soulard, (Poni Hoax, Vitalic).

Entre épopées electro et balades mélancoliques, Your Dreams Are Mine ressemble à la réunion d’un Nick Cave au féminin et de Kraftwerk updatés 2014, soufflant le chaud et le froid sur le dancefloor ou la chambre d’écoute : synthétiseurs et boîtes à rythmes vintage soulèvent les corps et réveillent les fantômes (sur Ignorance is Bliss et Nothing I could say, évoquant les Black Celebration gothiques et réverbérées de Depeche Mode, ou sur Haunted Reveries, inspiré par la musique thaïlandaise et Uncle Boonmee, le film d’Apichatpong Weerasethakul). 
 Ailleurs, des dérives aquatiques apportent des respirations élégiaques : les arpèges de guitare acoustique de The Drought, entourés de glissandi de violons dissonants, la mélopée marine Bellbuoy, ou la berceuse nocturne Crossing the river, entre La nuit du chasseurs et Eden Ahbez…

Mariant électronique et organique, le travail de production et d’arrangements de Maxime Delpierre (réalisation, claviers, batteries, saillies de guitares angulaires, à la Arto Linsay) et Frédéric Soulard (réalisation, violons, mixage précis, dynamique, et plein d’espace) porte haut le chant clair et distinct d’Alice Lewis. Un peu Julee Cruise, un peu Nite Jewel, celle-ci met son sens de la mélodie pop, entraînante ou romantique, au service de paroles (parfois coécrites avec l’anglaise Ocean Viva Silver) dont l’onirisme oscille, tel un métronome, entre lumière zénithale et abîmes sans fonds.

Car le pays de merveilles d’Alice a parfois des atour cauchemardesques : revenant(es) venues la hanter, avion en chute libre (Let it fall, métaphore politique), tours perchées au milieu de déserts, où le temps est supendu (The Drought)…

Alice est cette femme-enfant, que la vie heurte et qui se protège comme elle peut, attendant qu’un paquebot vienne la secourir au milieu de l'océan, fredonnant dans le lit d’une rivière, ou se rêvant statue de pierre (The Statue), comme pour ne plus rien ressentir… On sort de ce voyage ému, ébloui, et plein d’amour pour Alice Lewis. Elle a rien moins que le courage des oiseaux, écoutez son chant.
 Wilfried Paris

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