Girls in Hawaii prend un nouveau départ

// 29/09/2017

Par Gilles Syenave

Le plus compliqué ce n’est pas d’arriver au sommet, mais d’y rester. Cette phrase rabâchée par tous les sportifs professionnels se vérifie aussi au niveau du rock belge, visiblement. Longtemps occupé par dEUS, dont l’étoile a tout de même sérieusement pâli depuis quelques années, le trône a été récupéré par Balthazar dans le Nord du pays. Côté francophone, ce sont les Brabançons de Girls in Hawaii qui l’occupent désormais.

Pourtant, rien ne prédestinait ces garçons proprets et un peu effacés à devenir des rock stars. Pas d’extravagances ni de déclarations tapageuses, ce n’est qu’au prix de leurs compositions qu’ils ont su asseoir leur popularité. Trois albums studios et le live « Hello Strange » sont déjà venus ponctuer une carrière également marquée par le dramatique décès de Denis Wielemans, batteur de la formation et frère du chanteur Antoine. Dorénavant, il y aura toujours un avant et un après pour le groupe, qui a consacré l’album « Everest » à Denis en tentant de surmonter cette douloureuse épreuve. Quatre ans plus tard, les Girls sont de retour avec « Nocturne », un quatrième opus en forme de nouveau départ.

L’album s’ouvre avec « This Light », un titre lancé dès le printemps dernier avec un joli clip du cinéaste Claude Schmitz. Démarrant comme un morceau classique du groupe, avec clavier, guitare sèche et voix, il se laisse peu à peu envahir par des nappes synthétiques et des distorsions que l’on retrouvera tout au long de l’album. Une manière douce et habile de nous faire entrer dans le nouvel univers de Girls in Hawaii. Le chant plus Thomyorkien que jamais d’Antoine Wielemans préfigure quant à lui l’influence de Radiohead, que l’on entendra encore sur un morceau comme « Cyclo ».

Le fabuleux « Guinea Pig », un tube en puissance, enfonce encore le clou en mariant parfaitement le son typique de Girls in Hawaii avec des sonorités eighties. Sur « Indifference » et « Walk », qui pointent leur nez un peu plus tard, on a même l’impression que ces enfants du rock redécouvrent l’électro-pop de Krafwerk et de Jacno. Jouissif.

Déjà aux manettes sur « Everest », le producteur et membre de Shameboy Luuk Cox semble avoir eu cette fois les coudées franches. Le travail de purge que l’on pouvait déjà entendre sur un titre comme « Rorschach » est ici omniprésent. Il permet aux membres de Girls in Hawaii de sublimer leur force mélodique, en retirant les pistes qu’ils avaient tendance à accumuler. Le résultat est certes plus minimaliste, mais encore plus précis.
A ce titre, le morceau « Blue Shape » s’impose comme la pierre angulaire de l'album et peut-être même de toute la discographie de Girls in Hawaii. Evoquant le sujet du petit Aylan, cet enfant kurde retrouvé mort sur une plage turque en septembre 2015, il délaisse complètement les instruments traditionnels au profit de sonorités électro. L’émotion, elle, reste intacte, prouvant que le groupe a vu juste en décidant de se réinventer.

Ecouter « Blue Shape » sur Spotify


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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