La chronique de Damien Breucker // À la recherche de 16 Horsepower

// 30/10/2014

Par Damien Breucker

La source 90’s du rêve américain?

16 Horsepower est un groupe fondé en 1992 par David Eugene Edwards et Pascal Humbert. La formation traverse à la fois l’Americana, le Gospel et la musique folklorique américaine. Pourtant, nous sommes loin du « baladin folk et rêveur » car la musique de 16 Horsepower est hantée par les thèmes chrétiens et elle aborde avec élégance et prudence l’éternel répertoire musical des Appalaches avec une sonorité sombre et une voix accidentée.

Dans les années nonante, entre jazz et country, l'Amérique post bruitiste et rurale ressemblait à une fleur de lune. Avant de se replonger définitivement dans la grande tradition country et folk, les prémices du défrichage se faisaient déjà ressentir chez 16 Horsepower et son immense Sackcloth’n’Ashes. Sans doute l’un des premiers albums à avoir pu intégrer les sentiments primitifs et contradictoires des gardiens du temple folk.



Down by the River


En descendant la vallée, au bord des rides, dans les creux du temps, le radeau gagne enfin la sinuosité du fleuve. On entend d’étranges plaintes de cordes. Un chasseur de perles cherche le bleu ou le noir. Plus loin, sur l’éternel thème du fermier John, un jeu obsédant célèbre le combat rock et folk et explose les rivières et la montagne en sucre. Les guitares abrasives continuent de déboiser les bâtons de cannelle et l’Amérique de Link Wray. Dans le sable, une cowgirl nous rejoint.

Une élégie moderne composée de pièces de bois, un chant bouillant et désespéré pour un folk rural et puissant. 16 Horsepower se positionne toujours au bord du précipice. Sans l’obstacle de la ligne du temps, on pourrait aisément affirmer qu’Interpol s’invite chez Neil Young pour profiter des joies de la pêche à la ligne. Ambiance lumineuse, teintée d’une inquiétante mélancolie crépusculaire où les grands paysages côtoient la noirceur de la cabane abandonnée au fond du pré. Une cabane évidée mais lumineuse. Le plafond serait vitré et les murs peints de couleurs criardes. Il n’y aurait rien sur ce plancher en résine usé par le temps et par le passage de nombreux dissidents, de nombreux déserteurs de la vie. Un palmier noir donnerait de l’ombre à cette prison colorée.



Un disque dur, une dépression noire

Un portrait d’Elvis trônait au dessus de son lit et quelques bouteilles vides jonchaient le sol. Il n’aimait pas s ‘entourer d’objets encombrants, il lisait peu. Les journées étaient longues et il se demandait parfois à quoi ressemblerait son existence sans cette pièce fermée, sans cette vie minuscule qui lui donnait souvent l’impression de mourir. Il sortait peu, il n’avait presque pas de loisirs. La chasse restait la principale occupation dans sa vie, il aimait boire et chasser. Il ressemblait à un héros américain, un demi-Dieu, un homme rude aux gestes rustres et aux manières peu gracieuses.

Sans l’obstacle de la ligne du temps, on pourrait aisément affirmer qu’Henry David Thoreau s’invite régulièrement dans la cabane de 16 Horsepower.

Lectures croisées :

  • On retrouve Pascal Humbert avec Bertrand Cantat sur le projet musical Détroit
  • Neil Young and Crazy Horse, Down by the River sur l’album Everybody Knows This Is Nowhere.1969
  • Henry David Thoreau Walden, Le Mot et le Reste, Marseille, 2010.

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