La chronique de Damien Breucker // Animal Collective : Oui oui, si si, FloriDada

// 24/01/2016

Par Damien Breucker

Rock foutraque et bordélique voulant en découdre avec les compétences académiques et le rock à papa, formé à New York à l'aube des années 2000, le "succès planétaire" d'Animal Collective n'est plus à démontrer. Une bonne dose de psyché folk-LSD, de noisy pop mélodique façon Pavement et d'une post-post pop improvisée - se situant à égale distance entre l'étrangleur de Boston et Syd Barrett - ont contribué au succès de la formation américaine.

Ceci n'est pas un hommage aux couteaux

Si le rock est mort en janvier 2016 avec David Bowie, il pourrait renaître avec le rock expérimental et déstructuré façon Animal Collective. Après tout, Thin White Duke a fait rejaillir le feu sacré du rock en insufflant des sonorités approximatives, brouillonnes et savantes. Au sein du collectif zoologique, c'est en découvrant la musique psychédélique et quelques groupes proches du courant "farceur" Krautrock (ndlr: le fameux rock bière-choucroute) que le groupe a trouvé son chemin sinueux et essentiel. Une déchirure esthétique était nécessaire pour le Duke blanc et serait à nouveau salutaire pour le Dude en peignoir. Elle arrive. Ces autodidactes des rythmes synthétiques et tribaux, à la manière des pirates maléfiques, se renouvellent eux-aussi à chaque album tout en conservant leur style personnel et inégalable.

Si Bowie est une marque de couteaux pour les cuisiniers les plus expérimentés, Animal Collective en serait le côté le plus tranchant (on revient toujours au fameux couteau sans manche auquel il manque la lame). Le groupe n'installe pas une culture de l'évaluation mais bien de l'évasion. Ils se positionnent en rats suiveurs d'un mouvement désordonné plutôt qu'en joueurs de flûtes (variations et digressions sur le même thème entêtant). En ces temps troubles et formatés, c'est une qualité non négligeable.


Sous les palmiers, la plage


Animal Collective est un jeune-vieux groupe (si si). On a écrit tout et son contraire sur la formation de Maryland. À la la fois Duchamp pour les formalistes et Jagger pour le grand cirque du rock and roll, ils tournent surtout la grande roue de l'infortune. Discours ambigus sur la création, amuseurs publics cubistes (pour la déformation des profils) et futuristes (pour la vitesse d'exécution), les surréalistes de l'assemblage des idées et des bricolages lunaires sont de retour pour le plus grand plaisir des chimistes en herbe.Une chose est certaine, Animal Collective crée un espace sonore pour les intellectuels, les drogués et les alcooliques anonymes (les trois phénomènes de foire de notre société contemporaine sont souvent complémentaires). Finalement, Sartre ne voulait- il pas s'associer aux ouvriers de chez Renault pour sa révolution idéologique?

Mais nous voici déjà en 2016 et Animal Collective sortira son onzième album « Painting With » le 19 février prochain. Le trio d'origine formé par Dave Portner (Avey Tare), Noah Lennox (Panda Bear) et Brian Weitz (Geologist) revient aux affaires et nous espérons que ces éjaculateurs précoces du rock faussement branleur aux casseroles bien fournies deviendront l'espace d'un album, les amants magnifiques du rock d'après-demain.


À l'image du simple « FloriDada », déjà présent sur la toile depuis le 30 novembre 2015, ils récurent toujours la même vaisselle. Cette fois, elle est en porcelaine, peinte à la main. Bizarrerie bariolée aux espaces illimités comme l'Amérique de Burroughs en plus jouissif, la production remplace un peu le côté brouillon des débuts et laisse la rythmique binaire prendre le large. FloriDada respire la liberté et fait danser le Dude sous les jupes des jeunes californiennes nourries aux sons des Beach Boys et de Mgmt. Ces pamphlétaires jouent avec la musique comme l'Oulipo avec les mots. Le Cabaret Voltaire se transforme en plage de sable fin à l'image des textures chaudes et des sons à l'état pur. Les chants de Noah Lennox et Dave Portner se répondent pour mieux se perdre dans les contrées wilsoniennes de l'âge d'or de la pop américaine fin 60's. Entre une partie de bowling et une sieste sous les palmiers, le rock « Arte Povera » a encore des beaux jours devant lui.

Animal Collective Painting with (sortie le 19 février 2016)

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