La chronique de Damien Breucker // Low ressort ses mélodies lumineuses et ténébreuses

// 25/09/2015

Par Damien Breucker

L’ambiguïté Low

Plonger la tête la première dans l’univers de Low comporte un certain risque. Groupe important à la beauté froide et crépusculaire, créateur d’un style musical appelé le slowcore (ou plutôt qualifié ainsi par un courant journalistique très pointu), le groupe emmené principalement par Alan Sparhawk (chant, guitare) et Mimi Parker évoque pour de nombreuses personnes une certaine forme de répétition mélodique élégante et académique célébrant sans cesse le culte du Velvet Underground. Le style brumeux, sombre, gris et léthargique peut ennuyer rapidement. Pour d’autres (la plupart des amateurs de musique), Low reste simplement le groupe (avec Galaxie 500) le plus intimiste au service d’un rock minimal qu’ils n’ont jamais renié dans leurs compositions. Les détracteurs peuvent au moins leur reconnaître cette forme d’intégrité presque religieuse qui colle admirablement bien au trio du Minnesota.

Une sorte de fidélité anime le groupe depuis sa formation en 1993

Low se forme à l'initiative de John Nichols autour de Alan Sparhawk (chant, guitare) et Mimi Parker. 1993 correspond également à l’explosion du grunge. En opposition, les musiciens de Low créent un rock aux mélodies élastiques et aux compositions frugales, voire faméliques. Mimi Parker, l’épouse de Sparhawk depuis 1990 assume toujours les percussions à l’arrière et le chant à l’avant ou inversement. Comme des groupes tels que Yo La Tengo ou Blonde Redhead, l’originalité du propos vient surtout des voix qui s’entremêlent sur certains morceaux. Le couple lorgne depuis toujours du côté de Joy Division pour les vapeurs froides et les ambiances nimbées de brumes grises (leur EP Transmission datant de1996 rend hommage à la chanson éponyme de Joy Division) plutôt que du côté du rock guitare américain. L’album Things We Lost In The Fire (2001), enregistré par Steve Albini, le célèbre producteur de Nirvana est considéré par beaucoup de spécialistes comme étant le meilleur album du groupe. Certains y voient une forme de dualité artistique, un contre-pied intéressant entre le producteur d’In UTERO et les chefs de file d’un mouvement artistique prônant l’économie de moyens. Finalement, seuls le volume sonore et l’étirement des harmonies justifient ces remarques. Les extrêmes se touchent. Il faudra attendre leur retour en 2011 pour découvrir l’album C'mon, plus pop et enjoué, pour faire taire définitivement les détracteurs du groupes qui ne voyaient en eux qu’une copie éphémère du rock psychédélique underground et expérimental New-Yorkais de la fin des années 60.

Spleen et nouvelle obscurité

En septembre 2015, on retrouve tout l’univers singulier de Low sur l'album Ones and Sixes, enregistré par BJ Burton dans les studios de Justin Vernon (Bon Iver) dans le Wisconsin. Des touches impressionnistes aux percussions intimes sur des morceaux de bois fragiles, Low retrouve ses bases (jamais perdues) pour offrir aux fans initiés des chants torturés et sensibles. La délicatesse côtoie parfois l’onctuosité. L’atmosphère reste cérébrale et c’est du côté du sadcore aéré, géographique et graphique qu’il faut se tourner pour entendre des sons gris dépouillés et des compositions lointaines. La distance entre l’auditeur et le groupe reste grande, intacte, immuable. La transe cotonneuse des débuts revient au bout des branches nues d’un arbre solitaire sur le très oppressant Into you. La palette sonore est d’une richesse assez déconcertante et la violence sourde d’un My bloody Valentine sous calmant laisse de temps en temps sa place à la richesse rythmique et entêtante de Yo La Tengo. Sur What part of me, on retrouve même la richesse pop de l’album C’mon. C’est compliqué, beau, nu et inaccessible en terrasse ensoleillée. « L’Ocean » de Lou Reed n’est jamais loin, il doit certainement être punaisé dans un coin de leur studio d’enregistrement. Low reste simplement et en toute modestie l’un des groupes américains les plus importants et influents des 20 dernières années.

Album : Low Ones and Sixes 01 “Gentle”
02 “No Comprende”
03 “Spanish Translation”
04 “Congregation”
05 “No End”
06 “Into You”
07 “What Part Of Me”
08 “The Innocents”
09 “Kid In The Corner”
10 “Lies”
11 “Landslide”
12 “DJ”

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