La chronique de Damien Breucker // Petite cosmogonie portative à l'usage des sourds et des malentendants

// 20/06/2016

Par Damien Breucker

Les éditions Densité présentent une petite collection élégante et érudite sur le rock sous le nom de discogonie, qui se définit par la contraction de deux mots : discographie et cosmogonie. Un récit sonore pour accompagner notre discothèque idéale en quatre petits volumes riches et discrets.Cette bibliothèque de six centimètres de large( pour le moment) , enivre autant l'amateur de rock que le bibliophile légèrement poussiéreux désireux de préserver sa collection à l'abris des lumières nocives.

Après un premier livre publié en 2011, une collection voit le jour en 2013 sous l'impulsion d'un trou noir sur un vinyle et d'un big-bang rock'n'roll.


Discogonie a pour but ultime de disséquer au scalpel les moindres souffles d’albums de rock mythique qui ont fait l’histoire de la musique populaire et érudite du 20 ieme siècle. Avec un soin typographique et une mise en page raffinée, ces livres porteurs du savoir inutile et nécessaire vont vous faire passer des nuits blanches.


Car c'est bien de mythologie dont nous parlons ici, les quatre albums couchés sur la table d'opération de l'éditeur touchent à la grâce. Normal, la collection s'appelle Discogonie et elle parle d'étoiles qui seraient nées de la rencontre spatiale de roches lunaires et de matières composites musicales. Tout est inutile et donc essentiel. C'est le grand big-bang!


Mais l'approche est universitaire, érudite et non rébarbative. Pourquoi ? Les textes sont d'une simplicité déconcertante, il y a une volonté de vulgarisation d'un sujet sérieux, autrement dit, de véritables amoureux du rock se penchent sur leur passion. On parle des couleurs des pianos, de notes sensibles et visuelles, de la genèse des albums et des contextes historiques et politiques de l'époque.


Au compteur et dans le désordre, Philippe Gonin se penche sur l'album Pornography de The Cure, petit livre libre sur l'histoire cramée de cette cathédrale gothique binaire aux rythmes sauvages et aux limites repoussées à tous les accords. Chaque chanson est analysée, décortiquée, chaque mot est étudié comme pour toutes les autres publications de la maison. Il faut bien sûr aimer, aimer la bible rock et ses histoires de gentlemen et de mauvais garçons, il faut aimer les faces B. Le choix des premiers titres est assez malin, il contentera les fans et ravira les curieux ou inversement. L'amateur de pop parfaite sous amiante pourra aisément trouver son compte dans le Radiohead : Ok Computer de Michel Delville qui retrace la genèse de l'aventure du Pet Sounds des années 90. Pour les insomniaques malades suites aux déflagrations des cathédrales sonores My Bloody Valentine Loveless de Guillaume Belhomme est fait pour vous.


Charges héroïques, nihilisme clairement affiché, dématérialisation de la symbolique émotive, tous ces chefs-d'œuvre ont un point commun: La recherche du sacré graal.

Neil Young Harvest de Christophe Pirenne

Cocorico, Christophe Pirenne est musicologue et professeur à l'UCL et à l'ULG. Grâce à lui, vous saurez tout ou presque sur le zizi de Neil Young et sur sa passion pour les trains électriques et les grosses cylindrées que le chanteur assume pleinement. Christophe Pirenne s'attarde donc uniquement sur Harvest- plaque faussement country fiévreuse et vraiment rock & folk- publiée en février 1972. Pirenne nous emmène de force vers les sommets d'une grange perdue peuplée de monstres personnels et de poules hippies sur le déclin. Entre la fin d'une époque déjà enterrée par les Rolling Stones à Altamont et le début d'une introspection romantique, Neil Young se cache derrière une masse de cheveux au verso de la pochette et signe, par cet acte rebelle, le refus de la succession de l'Amérique idéalisée.
Nous sommes en 1972, Jack Nitzsche tartine son piano de caviar sans tarabiscotages et Joel Bernstein dirige parfaitement l'Artwork sobre et romantique. Le patron incontesté Young met sa charcuterie intérieure sur le bois de la guitare pour nous balancer quelques sommets tels Out on the weekend, Harvest, la symphonique et sublime A man needs a maid et bien sûr la carte postale américaine par excellence Alabama. Que du miel!


Discogonie est une petite révolution éditoriale sourde, gravement contagieuse et extatique pour comprendre un peu mieux la musique d'hier et d'aujourd'hui. It's only Rock and Roll but we like it!

Infos http://discogonie.blogspot.be/?m=1

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