La chronique de Damien Breucker // Rover

// 28/12/2015

Par Damien Breucker

Rover Phoenix

On l'avait découvert en 2012 et laissé au bord de la route pour une tournée un peu folle, voire interminable, avec un album intime et cabossé où Bowie rencontrait souvent Elliott Smith. Entre deux verres d'un mousseux tiède et un cerf en plastique aux pattes enfoncées dans la bûche Moka, Rover (Timothée Régnier de son vrai nom), renaît de ses cendres pour livrer avec élégance une des belles surprises de l'année.
Il est Breton, indépendant, non séparatiste, un peu Corse (pour rire) et déplace son physique imposant en moto. Trois ans après son premier enfant sonore, voici Let it Glow: album faussement cool et vraiment exigeant, fouillé, aux échos lointains et aux accents 60's - 70's rappelant entre autre la période Melody Nelson de Gainsbourg et son Londres fantasmé. L'auditeur est capté par les breaks free, les arrangements symphoniques simplifiés aux cordes minimalistes et l'avant-garde de 1969. La musique de Timothée Régnier explore à la fois les nombreux univers de The Court Of Crimson King et les mélodies sages de Fool's Overture sur l'album Even In The Quietest Moments de Supertramp en 1977. Rover apprend aussi à aimer la ville organique de Bruxelles et ses petits fantômes. Ça tombe plutôt bien car son disque ressemble à cette capitale hybride, fascinante et recomposée. Véritable mine d'or pour l'amateur de musiques bigarrées, Let it Glow regorge de mélodies pluvieuses et linéaires. Les coupures et les changements de rythmes nous emmènent assez loin. On pense parfois à certains enregistrements vintages de Deus et de Daan pour le cocorico national.
À l' image de Call my name, grosse cylindrée sensible où Johnny Hallyday pourrait inviter Miossec pour un" slow tempo" triste, Rover n'épargne jamais son univers entre pop parfaite et rock gangster.

Drôle de zigoto - bizarre bizarre.


On a tous en nous quelque chose de John Grant ou de Rover car ils manient tous deux l'art du "vertige rugueux et sensible". Le pas est lourd, la démarche légère comme une plume et la maison paisible de petite de taille accueille un physique xxl. Timothée Régnier en a fait son étendard. Il aime les terriens et ses morceaux ont à la fois les pieds dans la tourbe et la tête dans les nuages. À l'instar d'un Depardieu au cinéma, sa musique possède des crampons pour l'argile et des ballerines souples pour les tapis orientaux. (entre les rats des goûts exquis et ceux des chants des forêts, son coeur palpite mais ne chavire jamais). Les compositions sont nocturnes et l' éclairage aléatoire. Le bonhomme aime travailler la nuit. Robuste, en ébullition, à l'image de la pochette rouge un peu passée, Rover pose parcimonieusement un piano paresseux et laisse une belle place pour l'interprétation des rêves entrelacés. On se réveille parfois en sueur au bord d'un précipice. Ça pue la bête sous le cuir, le disque est rempli d' imperfections et c'est aussi pour cette raison qu' il reste terriblement attachant. L' ermite construit son monde sans se soucier de l'espace Schengen avec une maturité déconcertante, jubilatoire et référencée. Il porte le perfecto comme un éternel jedi du rock & roll ou de la pop. Que la force reste avec lui.


Album Rover LET IT GLOW.

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