La chronique de Damien Breucker // The Triffids : Born Sandy Devotional

// 29/06/2015

Par Damien Breucker

« Aucune paire de lunettes de soleil venue d’ailleurs/ Ne t’abritera de la lumière/ Qui perce tes paupières/Alors que le cri des mouettes/Repues de poisson/Plongeant dans la baie jusqu’à ce qu’elle rougeoie/ Teintait le ciel d’une couleur froide et sombre/tandis qu’elles tournoyaient au-dessus de nos têtes ».

The Seabirds ouvre l’album Born Sandy Devotional du groupe australien The Triffids, nous sommes en 1986. L’été ressemble parfois à une chanson de ce groupe indépendant des années 80. La palette colorée des frères MCComb avait l’énergie du désespoir et le ciel de la province australienne révélait une certaine solitude. Album country martyr, Born Sandy Devotional plonge dans les profondeurs de l’Australie et de l’Amérique post Velvet Underground avec ses violons et ses guitares saturées. La nature et l’homme illuminent les morceaux. Une variation rêveuse sur les espaces naturels et la désinvolture affichée par les deux frères McComb apportent un vent frais sur la scène australienne de l’époque. La perception des émotions liées aux saisons forme en partie l’esthétique des Triffids en 1986.


Un album Whitmanien


Qu’est-ce qu’un Whitmanien ?

Un Whitmanien fait claquer ses vers pour célébrer l’homme et sa position centrale au sein de la nature. C’est un Romantique, il joue avec les notes brèves, les petits poèmes, les improvisations lexicales ou musicales. Whitman recourt à la répétition pour susciter un caractère hypnotique dans ses textes. Cette répétition crée la force de sa poésie, qui inspire plutôt qu'elle informe. Avec son célèbre Sea-Drift, ce Bois flottant sur la mer, Walt Whitman nous parle de la nature en ciselant ses phrases et place l’humain au centre de tout.
« Sea windrows- Ocean windrows-Beach-Beach windrows-Windrows with sand and sea-hay-Windrows sand and scales and Beach hay-Under foot-Walking the Beach-Drift underfoot-Under foot Drift-Wash-Drift at your feet ».
Ses coupures littéraires font de lui un précurseur de la pop culture et de la chanson rock. Il préfigure le rock poétique. C’est le point de vue de l’homme en complet noir, debout sur un rocher, face à la mer.
L’Australien chante lui aussi la terre, le semi-désert, le bleu du ciel et le rouge du sol. Comme les musiciens de country, David McComb illustre admirablement ces thèmes. Born Sandy Devotional fut le plus grand album du groupe, le troisième. Le lyrisme du leader des Triffids se retrouve dans la poésie de Nick Cave et des Go-Betweens. La répétition et le caractère hypnotique sont les deux sources naturelles de l’œuvre de Nick Cave, grand Whitmanien devant l’éternel.
Malgré le succès de l’album de 1986, les Triffids ne deviendront jamais une force majeure du rock.

Je chante le corps électrique - Ode à la serveuse.

Pourtant, l’influence des frères McComb reste énorme. Le violon gravite toujours au-dessus des guitares saturées. ELLE serait l’héritière d’un passé simple. ELLE représente l’été australien.

Elle fréquente un Collège de province et écoute Hey Jane de Spiritualized/Elle ressemble à Jill Birt qui stabilisait le groupe Triffids avec des nappes synthétiques/Elle est serveuse dans un bar/Elle est chanteuse et claviériste/Elle porte des chemises psychédéliques/Elle est ténébreuse et précise.

Comme il faisait beau ce jour-là, un petit plongeon dans le noir s’imposait. Le rock c’est aussi des histoires de sales bagnoles et de road movies, des histoires de mauvaises filles qui laissent flotter les ladies et les gentlemen dans l’espace. Il faut se taper 12 minutes d’alcool à brûler à 90° entre la côte est et la côte ouest. Les guitares illustrent l’injection d’héroïne. Hey Jane de Spiritualized ressemble à un bruit blanc, la pop est acouphénique, un peu comme l’Amérique du Velvet Underground ou l’Australie des Triffids.

Je chante le corps électrique est un long poème de Walt Whitman.
Au début des années 90, dans une indifférence généralisée, une serveuse reçut un trophée lors d’une cérémonie officielle. Elle s’appelait Jill Birt, la claviériste des Triffids.

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