La douce guimauve de The Divine Comedy

// 14/09/2016

Par Gilles Syenave

Il n’y a pas que pour les étudiants que l’heure de la rentrée a sonné. Après la parenthèse estivale, les chroniqueurs délaissent eux aussi les plaines des grands barnums de l’été pour écouter les nouvelles parutions et formuler des avis plus ou moins pertinents. Une forme de monotonie pourrait presque s’installer, mais la perspective de nouvelles émotions musicales permet heureusement d’affronter l’automne avec une bonne dose d’impatience. C’est que la période est propice aux sorties de grands disques, ceux-là même qui auront tout juste le temps de marquer les esprits pour figurer dans les traditionnels tops de fin d’année. En attendant quelques gros calibres comme les nouveaux Nick Cave, Teenage Fanclub, Pixies ou Bon Iver, c’est l’ami Neil Hannon qui a dégainé en premier avec « Foreverland », un onzième album publié dès le 2 septembre dernier.


Soyons francs : on a toujours eu un faible pour ce gringalet qui s’est mine de rien constitué un solide répertoire en près de 25 ans ( !) de carrière. Garçon cultivé, intelligent et doté d’un grand sens de l’autodérision, l’Irlandais est le parfait opposé d’un DJ d’EDM, ce qui lui confère de facto toute notre sympathie. Au passage, il est aussi l’auteur de quelques très bons albums et d’encore plus de grandes chansons, chacun de ses efforts comprenant son lot de mélodies qui viennent directement se greffer dans votre cortex auditif.

Cela faisait pourtant six ans que le gentil Neil ne nous avait pas gratifié d’un nouvel opus, du moins sous le nom de The Divine Comedy. Un laps de temps qu’il a mis à profit pour écrire deux opéras et une pièce pour orgue, mais aussi pour emménager dans une vieille ferme à quelques kilomètres de Dublin. Il y vit avec sa compagne Cathy Davey et un âne baptisé Wayne, qui sont tous deux crédités pour des chœurs sur le disque. Le baudet s’invite en effet sur le single « How Can You Leave Me On My Own », tandis que la douce Cathy répond à son boyfriend sur « Funny Peculiar », un titre qui rappelle les charmants duos entre Nancy Sinatra et Lee Hazlewood.

A l’instar du nouveau volet d’une franchise au cinéma, chaque album de The Divine Comedy rassemble une série d’ingrédients que l’on serait fondamentalement déçus de ne pas retrouver. Cette nouvelle livraison n’aura sans doute pas l’impact des classiques que sont aujourd’hui devenus « Liberation », « Promenade » ou encore « Regeneration », mais elle procure elle aussi son lot de love songs douces-amères, d’orchestrations grandioses et de références historiques. Le disque s’ouvre d’ailleurs avec « Napoleon Complex », un morceau enjoué décrivant un sombre personnage qui compense sa petite taille par une intarissable soif de pouvoir. Sarko appréciera. L’Impératrice Catherine II de Russie figure elle aussi au menu, même si la « Catherine The Great » dont il est question ici pourrait bien s’avérer être la petite amie du chanteur. Parmi les autres temps forts de l’ensemble, on citera le parfaitement désuet « The Pact », l’élégant « My Happy Place » et surtout l’imparable « To The Rescue », un mid-tempo qui figure d’ores et déjà au panthéon des plus belles compositions du sieur Hannon.

Certains lèveront sans doute les yeux au ciel en découvrant ces mises en scène théâtrales et ces ballades d’un autre temps. Mais les moins cyniques ne pourront que fondre devant ce petit concentré de romantisme assumé et de douce naïveté. Les ingrédients de ta guimauve n’ont pas beaucoup changé avec les années, Neil, mais ta recette nous fait toujours autant de bien.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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