Lalalala par // Didier Dahon

34.jpg

Cathy Claret : la canastera (âme pure‪)‬

// 01/04/2016
Par Didier Dahon

Nul n'est prophète en son pays, voici une devise que Cathy Claret pourrait sans doute faire sienne, elle qui, après une poignée de 45 tours et deux sublimes albums publiés par Les Disques du Crépuscule à la fin des années 80, est partie vivre d'amour, d'eau fraîche et de chansons à Barcelone, laissant derrière elle une France qui, à l'exception de quelques amateurs éblouis, avait du mal à saisir cette Claudine Longet panthéisto-expérimentalo-gitane.

Aujourd'hui, à l'heure où la France s'enflamme pour le beau Kendji, Cathy Claret s'apprête à revenir dans son pays avec un nouvel album présenté lors d'un bref concert au Studio des Variété à Paris le 24 mars 2015 dernier.

‏La première chanson, "Toi", absolu chef-d'oeuvre du premier album, fait immédiatement la démonstration que Cathy Claret est toujours la même que celle qui nous envoûta un matin de 1987 lorsqu'on entendit "Por Qué, Por Qué ?" pour la première fois. La voix, la tonalité et le timbre n'ont rien perdu de leur présence à la fois douce et profonde, bien au contraire. Cette voix susurrante donne à entendre l'imperceptible. Elle est la chambre noire d'un monde où l'on perçoit avec une précision et une acuité uniques le bruissement de l'air dans les feuillages ou la chaleur d'un rayon de soleil sur la peau. Et cela, sans jeu, sans intention, sans volonté de dire, juste en laissant filer les mots.


Des mots écrits par la chanteuse elle-même et qui reflètent son parcours et ses chemins, du foyer nîmois à sa famille gitane d'adoption. A l'école des saisons, Cathy Claret donne à entendre une poésie immédiate et profonde qui rend compte de la nature, des éléments et de ce qu'ils provoquent en nous lorsque nous savons les contempler. Parfois elle emprunte ses mots à Joyce ou à Rivat, mais dans sa bouche et à travers sa voix, que l'on soit un génie du roman ou un faiseur de chansons populaires, on sonne toujours comme une enfant marchant dans l'herbe parmi les "Roitelets", dans l'odeur de la "Pomme de pin", le "Lundi au soleil".

‏Savoir contempler le monde, c'est aussi bien sûr une affaire de rythme et de musique, et là encore Cathy Claret frappe par l'évidence d'un talent qui semble non pas tombé du ciel mais plutôt "infusé du monde", comme si c'était le vent lui-même qui lui avait appris à jouer... Flûtiste du groupe Bel Canto de Pascal Comelade, elle a aussi travaillé avec Raimundo Amador ou, plus tard, Finley Quaye, Momus... : la "Lolita" à la voix sucrée, la chanteuse de french-spanish pop, la petite fille sauvage, est aussi une musicienne respectée qui prend ce que lui donne la vie, au hasard des rencontres, libre comme l'air.


Cette liberté est d'ailleurs ce qui caractérise le mieux celle qui s'est appelée elle-même la "fille du vent" et qui continue, en 2016, de tracer son chemin et de creuser son sillon, toujours le même : "Chocolat", "Bleu de Cadiz", "Rayons de soleil" et "Cerisiers"... Sublimes "Cerisiers" écrits avec Marc Collin de Nouvelle Vague, à la fois si proches de Claudine Longet et si fidèles au coeur secret de Claret.
‏Un coeur et un secret toujours plus profonds, que la France, peut-être, va savoir saisir cette fois. Ou pas. Ca ne changera pas grand-chose pour Cathy Claret, siempre libre. Mais ce serait nous priver entre mille autres jouissances, de nouvelles occasions d'écouter l'une des plus belles versions d'"Il n'y a pas d'amour heureux", dernière chanson du « show case » et véritable détonation dans le souffle de voix de la canastera.

Lalalala

PARTAGER

ARCHIVES

BIENVENUE
DANS LE MONDE
RADIOPHONIQUE
DE FREAKSVILLE RECORDS
Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top