Le ciné de Ripperjack par // Jacques Coupienne

Le cinéma de genre sous l’oeil averti d’un amateur précoce, sans pitié pour le bon goût.

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De sang froid aka In cold blood » (1967) de Richard Brooks

// 30/11/2016
Par RipperJack

De sang froid » aka « In cold blood » (1967) de Richard Brooks
avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe, …


Le pitch :
En 1959, deux voyous - Perry Smith et Dick Hickock - s’associent afin de s’emparer du coffre contenant les économies d’une riche famille de fermiers.
C’est là le début d’un voyage au bout de l’horreur …


La critique :
Après – il a peu – la chronique sur ce même « Rétroviseur » du réjouissant western « Les professionnels », virage à 180° pour cette œuvre ci marquée du sceau de la noirceur et de la plus profonde désespérance : une preuve s’il en fallait encore de l’éclectisme et du savoir faire d’un réalisateur « tous terrains » comme le fût Richard Brooks.
Ici en effet aucun fun à l’horizon : le réalisateur, via des admirables images en noir et blanc (photographie extraordinaire de Conrad Hall) qui renforcent le côté documentaire, montre simplement et sans vouloir démontrer quoi que ce soit : pour ce faire, il s’appuie sur une enquête minutieuse qui valut à son auteur – Truman Capote – gloire et fortune : ô paradoxe ...
Le regard se fait donc clinique et entomologiste pour un résultat d’une extrême froideur et d’un réalisme sans fards. C’est ainsi que la scène de l’agression et du meurtre de la famille des fermiers fût tournée dans le même bâtiment qui servit de cadre au drame. De même, la scène de pendaison finale ne nous épargne aucun détail.
Nous voici donc devant un film en forme de constat, sans concessions et sans vedettes qui se veut le reflet d’une Amérique bien loin de l’image d’Epinal des Golden Sixties qui est encore souvent véhiculée aujourd’hui.


Car toute la puissance du film est de nous laisser à la toute fin au bord du chemin avec nos interrogations et ce en évitant soigneusement tout manichéisme.
Le regard porté sur les assassins est certes dénué de sympathie mais nous les présente quand même dans leur contexte de vie - et même d’enfance pour l’un des deux - comme des êtres humains et non comme des monstres venus de nulle part.
D’autant plus secouant puisque lorsque l’impensable – sous forme d’un quadruple crime d’autant plus intolérable que totalement gratuit – se produit, nous voyons clairement que c’est celui que nous pensions le plus « sensible » des deux, et donc le plus potentiellement sympathique, qui est passé à l’acte le plus barbare qui soit.
De la même manière, montrer l’exécution des assassins n’est pas à proprement parler un réquisitoire contre la peine de mort : n’empêche que cette fin brutale montrée sans artifices et sans illusions (car elle n’a aucune valeur exemplative ou dissuasive, nous est il rappelé) laisse chacun face à ses questionnements et – in fine – à sa conscience …
Bref, ici aucun pathos hollywoodiennement larmoyant mais une œuvre sèche et d’autant plus admirable qu’elle nous force à nous interroger sur ce qu’est notre fameuse « nature humaine ».
Et puis le métrage a la grande honnêteté/habileté de ne pas prendre parti à propos du châtiment suprême car il ne nous épargne rien quant au supplice des victimes comme des bourreaux : contrairement à la plupart des films à thèse dont le très douteux et malhonnête « Pull over rouge » par exemple.

Bref, un chef d’œuvre absolu et l’antithèse d’un « feelgood movie » !!

Conclusion :

Cette histoire est aussi abordée, sous un angle différent, au travers de la bien plus récente tranche de biopic consacrée à Truman Capote dans le film éponyme de Benett Miller réalisé en 2006. Le regretté Philip Seymour Hoffman y délivrait bien sûr une très convaincante prestation, récompensée par un Oscar, mais l’ensemble demeure bien loin de la totale réussite du film de Brooks.
Quant à lui, le blu ray est véritablement admirable par son rendu de la formidable photographie mentionnée ci-dessus : aucun bonus, certes, mais quelle copie et quel rendu !!

Sinon, des assassins apparemment sans âmes qui tuent gratuitement très probablement en raison de leur totale vacuité existentielle, ça ne vous rappelle rien ?
Quoi qu’on en dise, les plus abominables exactions de l’homme sur l’homme ne sont malheureusement pas chose nouvelle.

Jacques COUPIENNE

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