Léonard Lasry, Road To Nowhere‪

// 27/10/2014

Par Didier Dahon

On l'avait découvert en 2006, extraordinaire mélodiste, mais parolier un peu vert et interprète parfois maladroit. Puis on l'avait quitté quelques années plus tard, à l'occasion du difficile deuxième album, tiraillé entre chanson et pop, se cherchant un territoire entre un piano-voix manquant d'éclat et un habillage plus ambitieux qui sonnait comme un habillage, justement.

On se disait alors qu'il faudrait peut-être à Léonard Lasry une Régine, ou mieux Régine elle-même, pour le tirer de l'indécision en révélant au monde la beauté de ses harmonies et l'évidence de ses mélodies. Mais Régine ne vint pas. Et à la place, nous eûmes, stupéfaits, un beau matin de l'année 2011, Elisa Point.

‏Car le jeune homme avait enregistré en duo avec Elisa "Libre", une chanson publiée d'abord dans "Dernière adresse parisienne", un album d'Elisa Point, Ed Rolll et Frédéric d'Oberland sorti en 2008 sur le label confidentiel Les Enregistrements de l'Europe Parisien.
La chanson elle-même est un chef-d'oeuvre, l'affaire est entendue, et même dans la bouche d'Annie Cordy, elle continuerait d'irradier sa mélancolie douce, joyeuse et cosmique.
Dans cette nouvelle version, tout tombait si juste: le mariage des deux voix, les arrangements, la coda... que l'on avait le sentiment, en retrouvant Point, de trouver Lasry - et d'entrer, par leur truchement miraculeux, dans une danse légère et infinie.

Allait suivre un album entier intitulé "L'Exception" : douze chansons (et des poussières : faces B et versions alternatives, à dégoter sur des CD singles numérotés ou au plus profond des rayonnages d'Itunes), douze miracles de mêmes proportions qui constituent le plus bel album de french pop chanson de ces dix dernières années.

Est-ce d'avoir frotté sa voix, son rythme intérieur, son être tout entier aux phrases et aux accents si uniques d'Elisa Point?
Est-ce d'avoir mêlé son timbre à celui de la chuchanteuse?
Est-ce le travail de l'arrangeur Alex Wurthstorn?
Ou bien est-ce l'âge, le hasard, le temps qui passe ou le temps qu'il fait?
Toujours est-il que depuis "L'Exception", il y a de l'air dans les enregistrements de Léonard Lasry, de l'espace, du vent, du silence. Chaque nouvelle chanson, et même, parmi les anciennes qu'il réenregistre pour son album de 2013, "Me porter chance" semble désormais lestée de son poids d'ombre et de nuit.

Disco lacrimale (thème pour le festival Chéries Chéris, avec The Hidden Squares), dark pop ("Tuesday", avec Maripol), chansonnette ("La Tournure que ça prend"), chanson sérieuse ("Nos jours légers"), duo de cabaret fatigué ("La vie est dure pour les étoiles", avec Jean-Claude Dreyfus): quel que soit le territoire, il est grand, il déborde, il résonne.
Et quelles que soient les qualités intrinsèques de la chanson, elle est maintenant inscrite – sur du vent, de l'herbe, du sable...

Du cabaret miniature aux grands espaces inconnus : Léonard Lasry n'a pas changé, il n'a pas bifurqué, il n'a pas évolué, comme on dit, il ne s'est pas trouvé, non : il s'est perdu, et nous avec. Prochaine étape sur la route qui mène nulle part : des chansons écrites pour la stupéfiante Jane Badler.

Lalalala

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