Les cartons #1 Day One

// 03/10/2016

Par Thibaut Allemand

DAY ONE
Ordinary Man
(Melankolic, 2000)

Ce disque est-il rare ? Pas vraiment. Paru dans les derniers jours de l'hiver 2000, Ordinary Man s'est vendu par palettes, voici seize ans. Est-il oublié ? En tous cas, il ne fut jamais réédité. Et l'histoire de la pop anglaise fut souvent écrite en omettant ce petit bijou. Qui ouvrait pourtant de nouvelles perspectives. Et alignait un paquet de morceaux inusables – c'est le principal.

Day One, donc. À la fin des nineties, deux Anglais – Phelim Byrne (chant, textes) et Donnie Hardwidge (tout le reste) – bricolent dans leur coin. S'affublent d'un patronyme bien naze (PhD, sérieusement?) et se retrouvent, grâce à une démo et un judicieux changement de nom, dans l'escarcelle de Melankolic. 
Aujourd'hui, l'actualité de ce label se réduit aux sorties des patrons, Massive Attack. Mais à l'époque ! Le trip-hop, quoiqu'on entende par là, avait le vent en poupe, Bristol était la Mecque du futur tandis que Manchester mourrait doucement – l'Haçienda avait mis la clé sous la porte en 1997 et Oasis pataugeait dans des baignoires de coke, oubliant d'écrire de bonnes chansons. Or, Melankolic ne courait pas les signatures et jouait la fidélité, son catalogue comprenant essentiellement des références d'Horace Andy, Alpha, Lewis Parker et Craig Armstrong. Pas de la gnognotte, mais rien d'aussi immédiat, accrocheur, bref, pop que Day One.

Un sens de la mélodie qui fait (toujours) mouche, des trouvailles mélodiques qui n'ont pas pris une ride et une manière de prendre de l'avance sans en avoir l'air. Vrai que le tandem avait su s'entourer pour mettre en son ces miniatures douces-amères. Épaulé par Mario Caldato Jr (Beastie Boys) et Tim Goldworthy (à l'époque ex-UNKLE, il n'avait pas encore rejoint DFA), Day One a les coudées franches – et des filets de sécurité en or – pour se frotter aux Byrds l'air de rien (In Your Life), signer un autre tube absolu dans la foulée (I’m Doin’ Fine, refrain entêtant mêlant cordes majestueuses et beats bricolés) ou glisser une folktronica champêtre à la Beth Orton (Love On The Dole) avant un hommage avoué à 3D, Del Naja et Cie (Paradise Lost). Ces trois petits quarts d'heures nous trimballent dans des ruelles anglaises magnifiquement grisâtres, dans des avenues piétonnes impersonnelles, bordées de chaînes commerciales, pour s'achever sur un front de mer pâlot. Ces onze morceaux suintent la poisse quotidienne, l'impossibilité d'en sortir, la résignation ordinaire. Elle rejoint à la fois de vieilles traditions insulaires – celles des lads comme des angry young men – tout en rompant avec le Working Class Hero de Lennon, le I'm Not Like Everybody Else de Ray Davies ou la Rock 'n' Roll Star d'Oasis (décidément).

C'est tout ? Non. On n'a pas évoqué chaque titre mais l’ensemble se dévore et se déguste comme un tout. En revanche, on a (un peu) exagéré : Day One n'a pas vraiment ouvert des perspectives. Il a suivi – et élargi – le sillon tracé par d'autres avant lui. On pense ainsi à Beck dès l'ouverture Waiting For A Break, au grand mélange de genres à l’œuvre chez The Beta Band au même moment – pour n'en citer que deux. Mais il est dommage que le duo soit oublié lorsqu'on évoque le hip-hop anglais. Si Mike Skinner est souvent présenté comme l'un des précurseurs du brit-hop (la vieille histoire du Blanc qui popularise et rend “présentable” une musique noire…), on se dit, en écoutant Truly Madly Deeply, que Day One aurait pu récolter quelques feuilles de ces lauriers…. Pas grave. En attendant, Day One aura attendu sept ans avant de publier un second disque – dans une indifférence générale – suivi peu après par un troisième essai. Là aussi, tout le monde s'en est largement foutu. On se penchera sur ces deux albums plus tard. Ou pas. Mais on reviendra toujours vers Ordinary Man.

Thibaut Allemand

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