Même les Oiseaux Puent

// 11/12/2016

Par Eric Therer

Une première rencontre live avec Même les Oiseaux Puent m’avait impressionné. Investissant la scène du Centre Culturel des Chiroux, à Liège, dans le cadre de ses fameuses soirées « Ping-Pong », le combo avait proposé un « Pillage » associant musique et extraits de vieux films. S’engageant dans une joute cinétique, les trois musiciens évoluaient à la fois en assaut et en retraite, sur fond de séquences provenant de René Clair, des Frères Lumières, de films de propagande russe et cubaine surannés. Puisant également dans l’immense réserve des images glorieuses de l’univers consumériste états-unien des golden sixties, MLOP démontait et remontait les scènes à l’envers, brodant un patchwork dévolu à la modernité, sublimant ses affres et ses artéfacts, ses nœuds routiers et ferroviaires, ses gratte-ciel et ses maisons obsolètes à abattre. Une sorte de « Koyaanisqatsi » du début du siècle dernier défilant au ralenti.

Au printemps suivant, dans le cadre de l’inauguration du nouveau Palais de Justice de Liège, MLOP réitéra l’expérience sur les images détournées du film « Loulou », le classique de G.W. Pabst, pour une pièce ramassée et dense intitulée « Pandora’s Box » d’une vingtaine de minutes, devant un parterre de juges et d’avocats médusés. MLOP revendiquait et assumait alors sa démarche, celle du pillage. Un Pillage avec une majuscule. Pas seulement en usant et abusant des coffres à images de la banque universelle du cinéma historique mais davantage encore en y recourant pour consolider son trésor de guerre sonore. Se refusant à servir de simple addenda ou d’accompagnement aux images filmées, sa musique foisonnait d’emprunts détournés et abondait en mini-parodies, voire en caricatures ostentatoires.

Empruntant son nom au titre d’une BD de Johan De Moor, ce combo post-rock novateur est emmené par le génial Henri Gonay, médiathéquaire et entomologiste des musiques « sous-terraines », qui naguère avait fondé Madadayo et Some Tweetlove. A ses côtés, on trouve Cédric Ledouble (synthétiseurs, boîtes à rythmes, effets, etc.) et Nicolas Schroeder (contrebasse et percussions).

Avec les années, MLOP a pu se confronter à toutes sortes de scènes. On épinglera la très belle performance récente « Son et silence », présentée à l’Eglise Saint-Jean à Liège en compagnie de l’excellent batteur Tom Malmendier. Cette pièce électroacoustique, déclinée à la faveur des heures creuses de l’après-midi pour les journées des églises ouvertes, fut accompagnée par des enregistrements réalisés en extérieur aux alentours de l’église et par des objets divers choisis pour leurs intérêts auditifs. Elle s’avéra à la fois d’une grande subtilité et d’une belle ductilité.

Aujourd’hui, après 5 ans d’existence, MLOP s’apprête à sortir un premier recueil sous la forme d’une cassette, dont le contenu est disponible sur Soundcloud. Elle est a été confectionnée dans le plus pur esprit DIY et dessinée par l’artiste Raphaël Kirkove.
La musique des Oiseaux a pris une tournure plus électronique tout en clamant son inspiration dadaïste. Elle n’a jamais été aussi virevoltante, virolante, volante qu’aujourd’hui.

Photo Virginie Godfrin

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