Monsieur Pchik a testé pour vous « Renégat »

// 15/01/2017

Par Monsieur Pchik

« Renégat », biographie de Mark E. Smith par Mark E. Smith et Austin Collings (Editions Le Serpent à Plumes).

Saperlipopette ! Caramba ! Veuillez bien me pardonner cette insoutenable violence verbale, mais mon courroux n’a d’égal que ma frustration. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que je n’ai pas été foutu d’aller assister à un concert ces derniers temps ! C’est fou non ? Même pas une fanfare, un chanteur de rue, un karaoké ou même une chorale de Noël ! Honte à moi. Sans doute que mon manque de motivation musicale est à mettre sur le compte de hiver. Quand le soleil s’en va, ma sève le suit. Je me retrouve dans un état semi comateux. Une irrésistible envie d’hibernation m’étreint. Et je me surprends à n’avoir, comme pensée érotique, que l’envie de contempler le sommeil de ma belle Fella (l’amour de ma vie). Lovée, telle une lionne repue, dans notre suite nuptiale. Un peu comme la Belle au Bois dormant. Ne riez pas, bande de rustres barbares. Oui, je suis un grand romantique qui aime les jolies histoires. Attention, entendons-nous bien. Romantique ne veut pas dire, non plus, complétement idiot. Car loin de moi l’idée d’embrasser la belle. Comme dans le célèbre conte de Charles Perrault, elle pourrait se réveiller, la diablesse. Et là, c’est le début des emmerdes. Faut surtout la laisser dormir hein ! Bon, je rigole bien évidement. Romantique oui ! Goujat, non. D’ailleurs, la condition de la femme m’intéresse au plus haut point, je vous assure. C’est un de mes combats. Pour preuve, les agressions publicitaires, humiliantes pour la gent féminine, me mettent hors de moi. Lorsqu’à la télévision, je vois ces malheureuses jeunes actrices, vanter les vertus des serviettes spéciales pour fuites urinaires ou le miracle des potions favorisant le transit intestinal qui atténuent les flatulences (texto dans le texte, je vous jure, quelle poésie …), je suis colère ! Qu’on me présente le scénariste (un homme, forcément) de cette infâme réclame. Que je le punisse en lui infligeant un traitement de choc : enfiler un slip made in Fukushima. Il fera moins le malin, le mufle. Il y a des jours, je me ferais bien exploser en plein conseil d’administration chez Tena ou Microlax. Mais bon, à quoi cela servirait-il finalement ? Je me sens bien impuissant à prendre sur moi tous les malheurs du monde. Et quand le journal du matin finit par m’achever en m’annonçant sans ménagement : « quatre adolescentes victimes de viol tous les jours en Belgique ». Je me rassure, comme je peux, en me disant : « Oui mais bon, ce n’est quand même pas toujours les quatre mêmes non ? ».

Enfin bref, tout ça ne règle malheureusement pas mon problème de page blanche. De quoi vais-je vous causer ? Dans ces moments de grande solitude intellectuelle, un seul nom et une seule adresse : Ida et « Le Bistrot ». Je m’explique. Ida n’est pas un nouveau modèle de Volkswagen diesel injection. Non, il s’agit de mon barman préféré. Il officie dans mon bistrot préféré (également). Troquet qui a pour nom : « Le Bistrot » ! Amusant non ? Ida, c’est un peu mon psychiatre, mon coach de vie, comme on dit maintenant. Quand je me sens mou du cervelet, il a toujours le bon mot pour me requinquer. J’aime bien le sobriquet dont il m’a affublé : Monsieur Picon. J’apprécie aussi beaucoup quand il me raconte certaines anecdotes. Comme cette histoire de raquette de tennis. Quand il était enfant, sa mère lui avait offert une « Björn Borg Spécial Edition ». Comme elle ne roulait pas sur l’or, la pauvre avait dû sacrément économiser. Malheureusement, la raquette en question n’était pas de très bonne qualité. Et Ida l’avait explosée lors de son premier smash. Pour épargner sa maman, il avait préféré lui mentir en disant qu’on lui avait volé le satané ustensile de propulsion. Elle aurait eu trop de peine d’apprendre que son cadeau, dont elle était si fière, n’était pas « à la hauteur ». Cela avait valu à Ida une punition canon. « On fait attention à ses affaires ! », lui avait-elle hurlé. Touchant non ? Cette fois encore, Ida a eu la phrase juste pour régler mon souci : « Mais enfin gros poivrot (nous avons atteint un certain degré d’intimité), pour ta radio triangle (la géométrie n’est pas son fort), tu n’as qu’à causer d’un bouquin ». Voilà, emballé c’est pesé. Clair, concis et précis. Merci Ida.

Et justement, le bouquin dans tout ça me direz-vous (oui, parce que là, je me rends quand même bien compte que je m’écarte un peu du sujet) ? Avec Mark E. Smith et son groupe (dont il est le seul membre d’origine) « The Fall », on s’attaque à un gros morceau d’histoire. Une sorte de mythe. Le combo post-punk le plus prolifique de Grande-Bretagne. Une longévité exemplaire, depuis 1977, 31 albums studios ! Qui dit mieux ? Et je vous passe les compiles, maxis et autres enregistrements de concerts. Un style unique. A 59 balais, cet inventeur du « Low Fi » tient toujours la grande forme. En témoigne cette biographie qui ne fait pas dans la dentelle. Le gaillard traîne en effet une solide réputation d’emmerdeur et il le confirme par écrit. Je me suis bien amusé en lisant la prose de l’ami Mark. Un attachant misanthrope tombé dans le rock un peu par hasard. On devine qu’il aurait préféré se cantonner à l’écriture… Ou, éventuellement, journaliste sportif spécialisé en foot.

Au fil des pages, Mark E. Smith se dévoile un peu. Il évoque notamment son incapacité chronique à composer des chansons d’amour. Tout a déjà été écrit sur le sujet invoque-t-il comme raison. Mmmm … Je n’y crois pas. Plutôt une forme de pudeur mal placée. Il suffit de lire entre les lignes, surtout lorsqu’il évoque Brix Smith (son épouse de 1983 à 1989 et également guitariste de The Fall à la même période). Car à force de répéter sans fin qu’il n’en n’a plus rien à faire, on finit par en douter.

Parmi les fulgurances amusantes à signaler, citons par exemple Nick Cave, au tout début de sa carrière solo, à qui Smith dit : « Mais comment peux-tu écrire des conneries pareilles après ce que tu as fait avec Birthday Party ? ». Les fans du beau Nick apprécieront.

Ou encore son aversion totale pour la classe moyenne. Pour le leader de The Fall, seul compte la classe ouvrière et les très riches. Les prolos et les nantis ont en commun leur goût pour l’alcool et la rigolade ! Votez pour Mark ! Au niveau de ses idoles musicales, deux noms reviennent régulièrement: Iggy Pop et, plus surprenant, The La’s.

Par contre, pas un mot sur Ian Curtis. Soit une confirmation de cette tenace légende : les deux grands groupes post-punk de Manchester (The Fall et Joy Division) de la fin des seventies, ont toujours tout fait pour s’ignorer.

En conclusion, une citation : « Les gros buveurs possèdent un bon sens de l’absurde, et moi j’aime ça ». Merci Mark.
A la prochaine … Ou pas !

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