Mumuse moderne

// 29/01/2017

Par Catherine Colard

Au placard actrices, chanteuses, mannequins, Miss Belgique et autres stars de la télé-réalité. Zou, dans votre dressing!

Désormais, les médias en mal d'icônes fraîches mettent en épingle des égéries d’un genre nouveau. Pour la plupart inconnues au bataillon à vrai dire, du moins au mien. Mais qui sont donc ces jolies anonymes aux aptitudes multiples qui, à force d’être invitées dans les soirées les plus cool finissent dans les pages « party » des magazines et , « du coup » ne le sont plus du tout. Anonymes.

Quels sont leurs réseaux? Leur vie vaut-elle la peine d’être vécue? Petits décryptage et mode d’emploi.


« Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer »

Telle pourrait être leur philosophie selon Moustaki.
Qui?

C’est que ces demoiselles hyperactives biberonnées au bug de l’an 2000 par Billy Crawford avec un Palm à la main droite et une zapette dans l’autre n’ont pas une seconde à perdre. La donzelle cumule ainsi les jobs 7/7 et se dore dans le même temps la couenne à Balangan Beach comme d’autres s’offrent un week-end soldé à Planckendael après avoir emballé les courses chez Cora. Graphiste le jour, Dj bistronome le soir, prof de pilates ou photographe/mannequin/blogueuse/slameuse le dimanche, ce petit être étrange doté du don d’ubiquité énerve autant qu’il inspire. Les stakhanovistes des temps modernes n’ont pas fini de nous culpabiliser. Elles nous narguent de dedans notre téléphone alors que nous traînons lamentablement sous la couette.

« Mais pourquoi? Et comment? Et puis qui c'est celle-là d’abord? Une star d'internet sans doute. Elle est probablement copine avec Lily-Rose Depp. Ou alors elle a couché hier avec Johnny. Depp. »

Que nenni!

Si Mademoiselle effet WAW nous donne des leçons de style en laissant l’impression qu’elle s’éclate mille fois plus que nous, c’est sans doute parce qu’elle s’affiche partout, tout le temps. Et pas n’importe comment. L’idée, subtile, étant d’être en hyper-phase avec son époque tout en démontrant des capacités hors normes à se démarquer de son biotope. Vous me suivez?

OK, ce n’est pas neuf neuf ce truc. Je me souviens d’un temps lointain où, moa-même, je passais avec souplesse et talons aiguille d’un happening d’art vidéo minimaliste guindé chiant à un concert suintant des Ludwig von 88 organisé par des potes squatteurs. Mais hou la la, en 88, nos grands écarts de slasheurs alternatifs se pratiquaient le plus souvent loin des feux de la rampe. Sauf quand un gentil punkounet avait réellement mis le feu à ladite rampe. Nos réseaux sociaux étaient déjà viraux, certes (merde), mais moins virtuels. Parfois, un étudiant en photo des Beaux-Arts nous tirait le portrait. Puis se tirait sans tirage... ou aux urgences.

Ah, l’urgence. Cette urgence de déguiser l’ennui, la saine nostalgie, voire la salutaire saudade, en posture hédoniste multitâche immortalisée sur Instagram me déprime parfois. Surtout le dimanche soir.
Pour me changer les idées et, qui sait, me hisser au sommet sans me donner la peine de l’escalade, j’ai rédigé ce petit édito après m’être inscrite à un club de grimpette féministe dont je vous parlerai bientôt dans mon prochain seule-en-scène dédié à ma vie de pigiste styliste pâtissière clupéidophile.

Restons furieusement curieux: "sur le walk of fame, on est tous les mêmes"

(Photo by Jacobsen/Getty Images, 1955)

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