N'écoute pas les idoles #3: ADISQ (qu'on aime)

// 29/09/2017

Par Jeff Bertemes

Ce dimanche 29 octobre, de l’autre côté de l'océan, se tiendra le Gala annuel de l’ADISQ, équivalent québécois des Victoires de la Musique françaises ou de nos Octaves vs. D6bels Music Awards.



Les artistes nommés, aussi divers que variés, offrent une vue panoramique, si pas exhaustive, relativement large de ce que représente actuellement l’industrie musicale québécoise. Voyez plutôt. Au titre d’interprète féminine de l’année se retrouvent en lice des artistes aussi diverses que Valérie Carpentier, Ariane Moffatt, Céline Dion, Safia Nolin ou encore Klô Pelgag. Pour les représentants masculins, Daniel Bélanger, Koriass, Patrice Michaud, Vincent Vallières et Alex Nevsky se disputeront le précieux « Félix ». Grand écart artistique assumé et assuré.



Force est néanmoins de constater que beaucoup de ces noms ne représentent en nos terres tout au plus qu’une vague image pour bon nombre de personnes. Etrange phénomène d’artistes reconnus dans une partie de la Francophonie et pour ainsi dire méconnus de l’autre.


ADISQ (QU’ON AIME)



Le Gala de l’ADISQ a pourtant, au fil de ses 38 années d'existence, apporté son lot de moments forts et de débats aussi passionnants que passionnés. 

En 1990, par exemple, Céline Dion ira jusqu’à refuser le trophée de l’artiste anglophone de l’année tout en lui préférant une nouvelle appellation : celle de l’artiste québécois s’étant le plus illustré dans une autre langue que le français. La catégorie changera de désignation les années suivantes.





Cette édition 2017 est, quant à elle, marquée par la question du manque de représentativité féminine au sein de l’industrie musicale. En effet, seules 16 femmes se retrouvent nommées contre 41 artistes masculins. Cela ne va pas sans faire écho au discours de victoire prononcé par Safia Nolin durant la cérémonie précédente.



L’événement n’en reste pas moins une très belle vitrine de ce que la chanson francophone peut offrir : une scène en perpétuel mouvement, trouvant ses lettres de noblesse tant dans la relève alternative que dans la variété dite populaire. Le Québec est passé maître en orfèvrerie de chansons.
Prenons-en pour preuve le dernier titre de Pierre Lapointe, « La science du cœur », point de rencontre idéal entre la tradition classique et la contemporanéité d’une expression artistique puisant sa force dans l'air du temps.




EXCUSE MY FRENCH



En Belgique (et plus précisément en Fédération Wallonie-Bruxelles), la chanson a bien plus de mal à tirer son épingle du jeu, à être diffusée et, par conséquent, à rencontrer le grand public.



Pour rappel, afin d'endiguer une prévisible hémorragie, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) a choisi d'instaurer une obligation pour les stations de radios privées de diffuser 30% d’œuvres musicales de langue française sur l’ensemble des œuvres chantées. La RTBF est tenue quant à elle à une diffusion de 35% d’œuvres en français dans le texte. En 2015 et malgré ces mesures, le CSA n’a pourtant eu d’autre choix que de recommander aux radios certaines plages horaires spécifiques afin d’éviter que la "mal-aimée" chanson ne soit diffusée que de nuit. Excuse my french. 



Pareille pratique laisse bien évidemment dubitatif face à la diversité manifeste de l’offre.


En comparaison avec le Gala de l'ADISQ, notre pays fait effectivement pâle figure en termes de représentativité francophone. Lors de la dernière édition en date des D6bels Music Awards, 11 titres sur 12 furent interprétés en anglais. Seul l'artiste Baloji offrira au public une prestation en langue française. N’y voyez aucune attaque. Plutôt un troublant constat.


L’IRREVERENCE DU SILENCE



À la question de savoir s’il comptait un jour écrire un album en anglais, le précité Pierre Lapointe répondait très récemment par la négative lors d’une entrevue. L’artiste invoquait ainsi son amour pour la découverte des sonorités qu’offre la diversité des langues avant d’ajouter : « En anglais, tout le monde le fait. Quand tout le monde le fait, moi, ça me tente moins ». Reconnaissons au créateur québécois l'attachante insolence qui le caractérise.



La chanson française détient pourtant une force intrinsèque, celle du sens. De la compréhension. Elle a traversé les modes et s’est inscrite, bon temps, mauvais temps, dans l’inconscient populaire. Comme le prouve le Gala de nos voisins québécois, la chanson a su se renouveler. Elle aborde aujourd’hui des thématiques contemporaines tout en mêlant à son discours une esthétique riche et singulière.



Difficile d’imaginer dès lors une édition 2018 des D6bels qui ferait l'impasse sur certains talents émergents dont notre pays a également le secret (RIVE, Mathilde Fernandez, Dalton Télégramme, etc.)



Ne serait-il pas parfaitement regrettable de réduire notre production belge francophone à l’irrévérence du silence ? 



AGENDA

Le nouvel album de Pierre Lapointe, « La Science du Coeur », sera disponible dès le vendredi 06 octobre en digital et en supports physiques.



Retrouvez Mathilde Fernandez sur la scène du Festival Voix de Femmes ce 28 octobre au Reflektor de Liège.



RIVE poursuit sa tournée d’automne. Le duo bruxellois sera le 29 septembre à la Ferme du Biéreau (Louvain-la-Neuve), le 30 septembre à La Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Huy) et le 14 octobre au Festival Francofaune (Bruxelles).

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Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
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