Peaudecast

// 05/09/2016

Par Catherine Colard

Dimanche, j’ai visité l’antre de l’encre. Comprenez: une convention de tatouage. Ce qui, avouez-le, n’a rien de conventionnel en ce jour du saigneur. Quoique.

L’art dans le lard, j’aime encore bien. Je revendique même beaucoup d’amis adeptes de la viande encrée. Artistes-bistronomes-microbrasseurs-marins (avec un plan Q ancré dans chaque port) -coiffeurs à manches japonisantes-animatrices télé-météo-sur-le-sévice-public. Voire même quelques tatoueurs, tatoueuses et musicien(ne)s.
Ou tout ça à la fois. Famille quoi.

Il m’arrive pourtant de me demander si s’offrir ainsi un épiderme en technicolor, le mien l’étant itou, exalte encore autre chose qu’une nouvelle norme consumériste. Vous me suivez?

C’est que certaines gravures de mode gravées me gavent grave. Ces pauvres filles* atteintes du syndrome Rihanna présentent un ensemble commun de signes cliniques qui ne trompent pas et permettent de les identifier à l’oeil nu. Voire même de les envoyer fissa en quarantaine avant que vous et vos proches soyez infectés par cette abomination virale. Une abdominale vérité que la presse pressée par le lobby des marchands de piquouses décoratives vous cache, chers lecteurs.

Radio Rectangle m’offrant une absolue liberté de tons pour cet édito indee pas piqué des verts (ou roses, bleus, jaunes, fluos, noir mat, selon l’inspiration du jour), j’ai à coeur de vous aiguiller et de vous sauver la peau s’il en est encore temps.
« Ca me fait une belle jambe », me direz-vous. Reste à voir...

Les premiers symptômes récurrents du syndrome Rihanna sont troublants. Aspirantes fiancées virtuelles de footballeurs, de M. Pokora et autres ersatz (kewa?), les patientes récemment infectées affichent une soudaine haine épidermique pour leurs semblables et se crêpent le chignon sur Facebook. Vu qu’elles ont vu et acheté en ligne le même faux Vuitton « Sac is dead in the UK ».
Fail. Fight. Fkuck! Après un passage aux urgences psy et quelques heures d’incubation, les sujets semblent pourtant très bien s’accommoder de porter derrière l’oreille ou au bas des reins un tatouage copié sur celui de Riri. Qui, souviens-t'en, se la joue bad-girl-next-door-rebelle se faisant customiser les fesses at home après avoir effectué un tour du pâté de maison en skate. Dans un clip, c’est sans doute moins douloureux.

2016. Tout le monde peut s’acheter une machine à piquer sur eBay et se décorer le cuir entre le fromage (bleu) et le dessert (fruits rouges). Moi-même...

Mais que fait la peau lisse? En un temps pas si ancien, avant le bug de l’An 2000, j’ai offert ma couche cornée à ce que j’appréhendais surtout comme un acte poétique. Pas politique, non. Avant que le tatouage entre dans les moeurs à la vitesse de l'encre sous l’épiderme et devienne signe de coolitude. Comme ton prénom mal orthographié sur un gobelet de mauvais café chez Starfuck.

A part ça, si nous parlions de grains de peaux, de voix, de chairs, de poules et d’apeaux à frissons sous l’aiguille d’un tourne-disques à bras donneurs?
L’un n’empêchant évidemment pas les autres.


*ça marche aussi à l’avenant pour les individus mâles et LGBT évidemment, mais c'était plus compliqué pour la conjugaison et les accords à corps.

RETOUR

ARCHIVES

Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top