Presse-citron : Balthazar, le Nord, le Sud et le grand mur

// 30/03/2015

Par Gilles Syenave

Les groupes de la communauté Wallonie-Bruxelles se plaignent régulièrement des difficultés qu’ils éprouvent pour se faire entendre de l’autre côté de la frontière linguistique. Ce qu’on oublie souvent de préciser, c’est que le problème est exactement le même pour les groupes flamands, qui s’exportent eux aussi plus facilement à l’étranger que dans l’autre partie linguistique de leur propre pays. Le talent ne manque pourtant pas mais par défiance, par suffisance ou par paresse, le public et les médias francophones se désintéressent largement de la scène rock flamande. Il existe heureusement quelques contre-exemples, à commencer par les incontournables dEUS (mais ça commence à dater), le géant courtraisien Ozark Henry ou encore les excellents Balthazar. Encore que, dans le cas de ces derniers, la reconnaissance tardive dont ils ont fait l’objet en Wallonie et à Bruxelles pourrait permettre d’étayer notre propos.

Originaire de la région de Courtrai et de Gand, Balthazar s’est formé en 2004 autour des leaders Maarten Devoldere et Jinte Deprez, accompagnés par les musiciens Patricia Vanneste, Simon Casier et Michiel Balcaen. Après quelques concours remportés haut la main et un premier EP qui leur vaut déjà un joli succès d’estime, le groupe publie en 2010 un premier album baptisé « Applause ». Le disque et l’étonnante maturité dont le groupe fait preuve pendant la tournée qui suit leur permet déjà de se faire un nom en Flandre. Balthazar se produira en effet à Rock Werchter et au Pukkelpop, tout en récoltant le prix de l’album de l’année aux Music Industry Awards, l’équivalent flamand des Octaves de la Musique. Dans le reste du pays, par contre, l’intérêt reste tout relatif, malgré une excellente prestation au festival de Dour en juillet 2010.

L’explosion du quintet à l’échelon national interviendra deux ans plus tard à la sortie de « Rats », leur deuxième galette. Etonnant de cohérence et de puissance mélodique, le disque parvient à imposer Balthazar et son style absolument unique des deux côtés de la frontière linguistique. Le groupe confirmera ensuite tout le bien que l’on pense d’eux grâce à une série de très bons concerts, où il dégage une forme d’assurance et de virtuosité qui lui sied à ravir.


A la fois varié et homogène, regorgeant de singles qui ne cherchent pas à être des tubes à tout prix, « Rats » semble alors être le point d’orgue d’une formation au sommet de son art. Le nouvel album des flandriens nous donne cependant tort, puisqu’il est encore meilleur. Baptisé « Thin Walls » (« Murs fins » en français), le disque ne fait pas référence à la chanson « Le Nord, le Sud et le Grand Mur » de l’ami Jeronimo, mais au manque d’intimité dont a souffert le combo au moment de composer le disque, notamment pendant la tournée qui a suivi la parution de « Rats ». De manière plus globale, il évoque aussi cette société hyper-connectée où nos moindres faits et gestes sont épiés en permanence.

Pour la première fois, Balthazar a délaissé la voie de l’auto-production en confiant sa destinée à Ben Hillier, que l’on retrouvait déjà derrière le « Think Tank » de Blur. Le résultat est un disque plus instinctif, plus direct, mais où le duo Devoldere-Deprez confirme son incroyable génie mélodique et son évidente complémentarité. Comme sur ses deux opus précédents, Balthazar y creuse son propre sillon, en développant une identité toute particulière et extrêmement séduisante. On songe bien ça et là à dEUS ou au Velvet Underground, mais les voix très singulières des deux chanteurs et cette manière si personnelle de mélanger les refrains lancinants et un style détaché leur permettent de sonner comme aucun autre groupe à l’heure actuelle.

Devenu un poids lourd à l’échelon national, Balthazar peut aujourd’hui ouvertement disputer à dEUS le titre un peu con-con de meilleur groupe belge en activité. Et au rythme où ils évoluent, on se surprend même à penser que le qualificatif « belge » de la phrase précédente pourrait un jour devenir superflu.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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