Presse-citron : Baxter Dury ou l’exception qui confirme la règle

// 06/11/2014

Par Gilles Syenave

Il ne fait pas bon être un enfant de rock-star. Contrairement à la sphère politique, où être le fils d’un ancien sénateur peut visiblement vous aider à accéder au siège de Premier Ministre, peu de rejetons de rockeurs ont emprunté la même voie que leur paternel en connaissant une carrière aussi glorieuse. Des exceptions comme Jeff Buckley et Norah Jones sont évidemment là pour confirmer la règle, tout comme, plus près de nous, l’impeccable famille Wathieu (soyons corporate). Mais les exemples de « J’fais pareil, mais en moins bien » sont largement majoritaires, de Charlotte Gainsbourg à Sean Lennon en passant par Ziggy Marley, Adam Cohen, David Hallyday ou encore l’insupportable Thomas Dutronc. Dans cette jungle interlope où l’on retrouve aussi Rosanne Cash, Julien Voulzy, Zak Starkey et même Franck Fernandel (si, si), un gaillard se démarque par sa capacité à tirer son épingle du jeu. Son nom : Baxter Dury, fils du regretté Ian.


Rien ne prédestinait pourtant le jeune Baxter à marcher sur les pas du légendaire interprète de « Sex & Drugs & Rock & Roll ». Le principal intéressé confesse d’ailleurs n’avoir jamais envisagé la chose durant son enfance, même s’il apparaît alors qu’il n’a que 5 ans sur la pochette de « New Boots and Panties!! », un des chefs d’œuvre de la carrière de son père. C’est finalement lors de l’enterrement de son paternel que l’élégant Baxter se décida à pousser la chansonnette en public pour la toute première fois. C’était en mars 2000, soit deux ans avant la sortie de « Len Parrot’s Memorial Lift », son premier opus.


Pétri de qualités, le disque se révéla pourtant un retentissant échec commercial, tout comme le second essai baptisé « Floor Show » et publié en 2005. Jouissant d’une belle cote de popularité auprès des critiques musicaux mais ne suscitant qu’un intérêt très limité du côté du public, Baxter Dury s’apprêtait donc à rejoindre la longue liste des fils et des filles de rock-stars qui se sont cassés les dents sur le chemin de la gloire. Jusqu’à ce que l’impensable arrive avec « Happy Soup », son troisième album paru en 2011. Signé sur une major par on ne sait quel miracle, Dury put bénéficier de la force de frappe d’EMI, de critiques dithyrambiques et d’un excellent bouche-à-oreille pour enfin révéler son talent au grand jour. Au final, cet album que plus personne n’attendait recueillit un joli succès critique et commercial, installant son auteur parmi les grands noms de la pop britannique élégante et flegmatique, quelque part entre Neil Hannon et Jarvis Cocker.



C’est donc avec le statut inédit pour lui d’artiste attendu au tournant que le gaillard se présente aujourd’hui avec « Pleasure », son quatrième opus. Dès les premières notes de « It’s a Pleasure », le morceau d’ouverture qui a aussi servi de single éclaireur, on retrouve avec plaisir le style inimitable qui fait de Baxter Dury un de nos chouchous sur la scène pop actuelle. Mélodies imparables faites de petits riens et de pas grand-chose, atmosphère générale oscillant entre mélancolie et dérision, textes savoureux et largement autobiographiques... Tous les ingrédients qui nous ont plu jusqu’ici chez lui sont à nouveau présents, sans que l’ensemble ne se révèle redondant par rapport au reste de son œuvre. La choriste Madelaine Hart que l’on retrouvait sur « Happy Soup » ayant décliné l’invitation pour cause d’accouchement, c’est cette fois à la Française Fabienne Debarre que le chanteur anglais a confié les voix féminines sur le disque. Elle offre un contrepoint parfait au chant délicieusement paresseux de Dury, permettant à ce dernier de revêtir à nouveau ce costume de crooner déglingué qui lui va à ravir.


Outre le titre précité, les morceaux « Lips » avec sa ligne de basse imparable, « Whispered » et son final tordu ou encore le nouveau single « Palm Trees » figurent parmi les sommets d’un disque à la fois ravissant et complètement hors du temps. On est ici bien loin du punk-rock précurseur de la new wave que concevait son paternel, ce qui constitue sans doute le meilleur choix de carrière possible pour ce fiston qui s’avère bien plus rusé qu’on ne l’imaginait au départ. A 46 ans, un âge où de nombreux artistes semblent n’avoir déjà plus rien à dire, Baxter Dury conçoit patiemment une œuvre atypique et qui risque bien de l’inscrire parmi les auteurs pop les plus attachants de sa génération. Décidément, ce bonhomme ne fera jamais rien comme tout le monde.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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