Presse-citron : Courting the squall de Guy Garvey

// 18/12/2015

Par Gilles Syenave

Quand vous aimez un groupe, il n’y a rien de pire que d’apprendre que son chanteur sort un disque en solo. De Robert Plant à Sting en passant par David Lee Roth et Peter Gabriel, l’histoire du rock regorge de vocalistes qui ont tenté la même expérience pour finalement décider de quitter leurs petits camarades de jeu. Fort heureusement, Guy Garvey a tous les airs du contre-exemple parfait.

Cela fait des années que le chanteur/gros nounours d’Elbow ressassait l’idée de travailler avec d’autres musiciens. Parfois frustré par la lenteur du processus créatif de son groupe, où la moindre note doit obligatoirement faire l’objet d’un consensus, celui qui présente l’émission « Finest Hour » sur les ondes de BBC 6 n’a jamais caché son envie d’essayer une approche plus directe et plus éclectique. C’est désormais chose faite avec un disque qui bouscule clairement les habitudes de création de son auteur, et pas seulement parce qu’il a été écrit et enregistré en neuf semaines chrono.

Dès le début de « Angela’s Eyes », le morceau d’ouverture, Garvey se distancie de son groupe en employant des percussions nerveuses encore jamais entendues sur un disque d’Elbow. Et un peu plus loin sur le très joli Electricity, il invite son idole Jolie Holland pour un surprenant duo qui nous envoie fissa dans un vieux bar jazzy des années ’30. Audacieux.

Accompagné par le batteur de studio Alex Reeves, Nathan Sudders (The Whip) à la guitare, Pete Jobson (I am Kloot) à la basse et le toujours très délicat Ben Christophers aux claviers, Guy Garvey s’est manifestement fait plaisir en invitant de bons amis à jouer avec lui. Ce bonheur est souvent communicatif et se traduit dans des morceaux comme « The Belly of The Whale », où un air tout droit sorti d’un album de Morphine s’achève avec un solo de saxo repompé sur le « Careless Whisper » de George Michael.

Même si ces jolies digressions apportent leur lot de fraîcheur et de nouveauté, c’est avant tout lorsque l’atmosphère devient plus familière que Garvey séduit vraiment. Les très belles ballades que sont « Unwind », « Juggernaut » et surtout le morceau éponyme « Courting The Squall » n’auraient pas dénoté sur un album d’Elbow, contrairement aux morceaux précités. A elles trois, elles prouvent si besoin en était que c’est quand le rythme se ralentit que la voix de Garvey fait véritablement des merveilles.


Si le disque se veut résolument varié au niveau des ambiances et des rythmes, on n'en dira pas autant au niveau des textes, tous pondus par Mister Garvey en personne. Visiblement toujours marqué par sa rupture avec l’écrivaine Emma Jane Unsworth il y a deux ans, celui qui vit désormais avec l’actrice anglaise Rachael Stirling n’évoque pour ainsi dire que des relations avec les femmes, qu’elles soient passées, présentes ou fantasmées. Un thème déjà abordé en long, en large et en travers lorsqu’il écrit pour Elbow mais qui ne semble pas avoir fait l’objet du même désir de changement.

Au final, ce premier disque solo sonne résolument comme celui d’un grand gamin de 40 ans qui a enfin reçu la bénédiction d’un label pour faire absolument ce qu’il veut, sans vraiment se soucier de l’intérêt que son disque pourrait avoir pour ceux qui l’écouteront. Grâce au talent de Garvey et à sa voix toujours aussi sublime, on prend fort heureusement autant de plaisir que lui. Par moments, ceci dit, on ne peut s’empêcher de penser qu’entre autosatisfaction et branlette, la frontière est parfois ténue.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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