Presse-citron : « Meet The Humans » de Steve Mason

// 14/04/2016

Par Gilles Syenave

Steve Mason revient en grâce

C’est un des passages les plus marquants de « Haute Fidélité », le roman-culte de Nick Hornby. Après avoir parié avec ses camarades de comptoir qu’il en vendrait 5 exemplaires en un temps record, le disquaire Rob Fleming diffuse sur la chaîne hi-fi de son magasin le morceau d’ouverture de « The Three EP’s », le premier album du Beta Band. Quelques instants plus tard, un premier client mord à l’hameçon.

Ce disque et son single imparable baptisé « Dry The Rain » ont permis au quatuor écossais de se hisser parmi les formations les plus en vue de la fin des nineties. « The Three EP’s » fut d’ailleurs classé parmi les meilleurs opus de 1998 par Pitchfork et suscita l’admiration d’autres formations phare du moment comme Radiohead et Oasis. 6 ans et 2 albums plus tard, le chanteur Steve Mason décida pourtant de quitter le reste de la bande, miné par une dépression et de gros problèmes financiers. « From Heroes to Zeros », le titre de leur dernier album en commun, devenait soudainement prophétique.

Le gaillard se lancera ensuite dans une carrière en solo, d’abord sous le nom de King Biscuit Time puis de Black Affair. Ce n’est qu’en 2010 qu’il se dévoila enfin sous le nom qu’il partage avec le gardien de but des Flyers de Philadelphie. Après deux premiers essais plutôt anecdotiques, son « Meet The Humans » est un de ces petits miracles qu’on n’avait franchement pas vu venir.

Il faut dire qu’entretemps, Mason a décidé de quitter Londres pour emménager dans la station balnéaire de Brighton. Un changement de cap qui lui a manifestement fait du bien, puisqu’il déclarait récemment avoir vécu en enfer pendant plus de 15 ans avant de finalement parvenir à vaincre le mal qui le rongeait. C’est peut-être ce regain d’optimisme qui l’a poussé à faire ici appel à Craig Potter, le claviériste-producteur d’Elbow. Si le but de la démarche était d’obtenir un son plus ample et plus assuré, en tout cas, on peut résolument affirmer qu’elle a été couronnée de succès.

Le disque s’ouvre avec « Water Bored », un morceau au groove dévastateur qui n’aurait pas fait tache sur un album des Charlatans. « Alive » et « Another Day » sont du même acabit, cette dernière rappelant d’ailleurs par moments les premières amours de Mason avec le Beta Band. Coincée entre les deux morceaux précités, la jolie ballade « Alright » offre quant à elle un moment plus contemplatif, avec sa rythmique sourde et sa longue montée en puissance.

Un peu plus loin, Mason fait écho à Pink Floyd en ouvrant sa chanson « Through My Window » avec la phrase « Is There Anybody Out There ? ». Tiré d’une démo enregistrée par le chanteur dans sa maison en bord de mer, le morceau a finalement été laissé intact. Un exercice périlleux mais parfaitement réussi, qui met en lumière les talents de compositeur de Mason. Le somptueux « Planet Size » tranche ensuite directement, avec une production beaucoup plus présente que sur le titre précédent. Tant au niveau de la mélodie que des arrangements, il s’agit sans doute du trait d’union le plus marqué entre l’univers de Mason et celui que Potter a façonné pour Elbow.

Sur le plus rythmé « Words in My Head », qui clôture le disque, Mason s’en va en murmurant « Please don’t ever listen to the things I say ». Désolé, Steve, mais il va encore nous falloir quelques écoutes avant de nous y résoudre.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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