Presse-citron : New Order, une histoire de vieilles casseroles et de bonne soupe

// 15/10/2015

Par Gilles Syenave

Quand on est un groupe de rock, il n’y a pas 36 manières de se faire désirer. En fait, il n’y en a que 2.


La première, c’est de surprendre son public en permanence, en proposant à intervalles réguliers un nouvel album qui apporte un souffle inédit par rapport à son prédécesseur. A l’heure actuelle, il n’y a que Foals qui soit assez courageux pour emprunter cette voie-là.
La seconde est bien plus prisée par ces grandes feignasses que nous admirons tant. Elle consiste à se faire oublier pendant quelques années, puis à revenir soudainement au moment où on s’y attendait le moins, en proposant grosso modo la même chose que la fois précédente.
Avant Massive Attack qui vient d’annoncer la parution d’un sixième album l’an prochain, c’est New Order qui s’est essayé au petit jeu du retour sur le devant de la scène, tout pile dix ans après son dernier effort. Une renaissance idéalement programmée à la rentrée, ce qui permettra au groupe de voir si le public mord suffisamment à l’hameçon pour toucher le jackpot pendant les festivals d’été.
Business is business.


Dans le chef de Bernard Sumner et de sa bande, ce nouvel opus est d’autant plus surprenant qu’il intervient sans le concours de Peter Hook, l’emblématique bassiste qui a quitté le navire après la sortie de « Waiting for The Siren’s Call » en 2005. A dire vrai, on ne pensait jamais que New Order s’en remettrait. Il faut donc croire que les quelques concerts donnés en 2011 sans l’alter ego de Sumner les a convaincus du bien-fondé artistique et/ou financier d’un nouvel album. On notera par contre le retour de l’ancienne claviériste Gillian Gilbert, qui avait quitté la formation mancunienne en 2001 pour raisons familiales. Le bassiste remplaçant Tom Chapman se contente quant à lui très sagement de singer du mieux qu’il peut le style unique de son illustre prédécesseur.
L’artwork du disque est signé Peter Saville, le designer historique de Factory Records et ami intime du groupe depuis ses débuts avec Joy Division. Il est comme toujours très soigné, particulièrement dans sa déclinaison en vinyle.

La Roux tourne

Le disque en lui-même alterne le bon et le beaucoup plus dispensable. Il s’ouvre sur « Restless », le single envoyé en éclaireur au milieu de l’été et qui nous plonge directement dans l’atmosphère particulière du groupe né sur les cendres de Joy Division. Le morceau suivant, « Singularity », s’ouvre lui carrément comme un morceau de ces derniers, avant de prendre un virage électro qui nous rappelle à quel point New Order a joué un rôle clé dans la popularisation de la musique électronique. « Plastic » s’offre quant à lui le support d’Elly Jackson, la chanteuse de La Roux, qui officie également sur les deux titres suivants. Avec sa montée en puissance Moroderienne, son riff de guitare hérité de Chic et sa ligne de basse qui a sans doute faire hurler Peter Hook au plagiat, le deuxième single de l’album propose probablement le meilleur de ce dont New Order est encore capable à l’heure actuelle.

Viennent ensuite une série de titres plus gênants, à commencer par ce « Tutti Frutti » où l’on retrouve Elly Jackson et qui marque le premier véritable couac d’un album jusque-là de très haute tenue.
Les autres titres avec featuring semblent tout aussi bâclés, à l’image de « Stray Dog », où Iggy Pop en personne vient déclamer sur un ton austère un poème rédigé par Bernard Sumner.
Sur le morceau de clôture, un crapuleux skette-braguette baptisé « Superheated », c’est le calamiteux Brandon Flowers (The Killers) qui vient réaliser ce qui constitue sans doute un rêve de gosse pour lui mais qui ne représente aucun intérêt pour toutes les personnes sur terre qui ne sont pas Brendan Flowers.

Au final, le disque ne laisse pourtant pas une impression de ratage complet, puisque quelques autres morceaux, parmi lesquels l’excellent « Nothing but a Fool » viennent rappeler par moments que New Order peut se révéler encore séduisant et pertinent, malgré le poids des ans et l’absence de son bassiste emblématique.

Dommage que certains titres nous suggèrent que le groupe aurait peut-être dû attendre 10 ans de plus et se fâcher durablement avec Brandon Flowers pour signer un disque vraiment digne de sa légende.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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