Presse-citron : Roscoe passe à la vitesse supérieure

// 19/05/2015

Par Gilles Syenave

Roscoe passe à la vitesse supérieure

Il y a des groupes, comme ça, qui parviennent à vous séduire sans avoir l’air d’y toucher. Dans cette époque formidable où la qualité d’un artiste se compte en nombre de followers sur Twitter et de vues sur Youtube, certains continuent à privilégier le travail bien fait et à éviter tout tapage médiatique. C’est notamment le cas de Roscoe, une formation liégeoise qui se défend bien de crier sur tous les toits qu’elle fait partie du peloton de tête en Belgique à l’heure actuelle. Pourtant, en découvrant leur bouleversant deuxième album, on se dit qu’ils seraient parfaitement en droit de se la ramener davantage.

Pour Roscoe, tout débute en 2006, lorsque le groupe décide de se former autour de Pierre Dumoulin (chant, guitare), Pierre Minet (guitare), Luc Goessens (basse), Xavier Yernaux (synthétiseur) et Benoit Bovy (batterie). Si leur nom est une référence directe au magnifique morceau éponyme de Midlake, leurs premières productions évoquent davantage des formations comme Elbow, The National ou encore les Tindersticks. Des références plus qu’honorables, mais qui ne transpirent pas franchement la joie de vivre. Le groupe reçoit d’ailleurs rapidement l’étiquette de formation douée mais un peu chiante sur la longueur. Une impression confirmée sur leur premier EP publié en 2009, mais que l’album « Cracks » paru en 2012 viendra partiellement contredire. Bien fourni en accords mineurs et en mélodies plombantes, le disque possédait pourtant déjà une espèce de lueur, un grain de folie qui laisserait entrevoir des jours meilleurs. Sur scène, le quintet ne se privait d’ailleurs pas pour doper ses compositions en leur apportant du coffre et un groove qu’on ne leur soupçonnait pas quand on les écoutait dans son salon.

Mais que dire de « Mont Royal », le deuxième opus que viennent de publier les liégeois ? Dès le morceau d’ouverture, le fort bien nommé « Fresh Start », Roscoe dévoile un nouveau visage à la fois surprenant et franchement réjouissant. Nappes électroniques et instruments organiques s’y entremêlent à merveille pour servir une mélodie entêtante et la voix poignante de Pierre Dumoulin. Autrefois comparé à Matt Berninger de The National, le chanteur de Roscoe a visiblement gagné en singularité et en maturité. C’est également le cas de ses musiciens, qui affichent ici toute la palette de leur talent. Au fil des morceaux, le petit jeu des comparaisons nous enverra par moments vers Woodkid (« Fresh Start », « Nothing Ever Comes to an End »), Alt-J (« Scratches », « Rule »), voire à Two Door Cinema Club (« Hands Off »). Mais ces associations ont lieu sans que le disque ne semble redondant ou dispensable. Enregistré sous la houlette de Luuk Cox, qui fait ici davantage parler son goût pour les sonorités électroniques que dans ses productions pour Girls in Hawaii ou MLCD, « Mont Royal » est le disque d’une formation qui semble aujourd’hui suffisamment sûre d’elle pour se mettre complètement à nu. Les nombreuses couches sonores qui étouffaient parfois les jolies compositions présentes sur « Cracks » ont été ici soigneusement retirées, permettant à leurs petites sœurs de gagner en épure et en limpidité. Aussi humbles dans leur démarche que conscients de leur potentiel, les membres de Roscoe semblent enfin décidés à jouer avec leurs tripes plutôt qu’avec leurs méninges. Un déclic survenu finalement assez tôt dans leur carrière et qui devrait définitivement leurs ouvrir d’autres portes.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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