Presse-citron : The Coral rebat les cartes

// 17/03/2016

Par Gilles Syenave


Celui qui a décrété que nul n’est prophète en son pays n’écoutait sans doute pas de rock’n’roll. A quelques rares exceptions près, la majorité des groupes se créent d’abord une fanbase dans leur patelin avant de partir à la conquête du monde. C’est particulièrement vrai dans le Nord de l’Angleterre, une région si repliée sur elle culturellement qu’elle a tendance à ne vénérer que les formations du cru. Mais quand on a vu naître autant de groupes ayant marqué l’histoire de la musique, on est évidemment moins tentés d’aller voir ailleurs.

The Coral est un exemple typique de ces combos qui sont des stars Outre-Manche et de parfaits inconnus partout ailleurs. Débarqués de nulle part au début des années 2000, ils ont directement marqué les esprits par leur grande virtuosité et leur capacité à mêler des sonorités psychédéliques avec des refrains pop éblouissants. The Doors rencontrent The Byrds dans la grisaille de Liverpool. En compagnie des Libertines, ils constituaient alors la réponse britannique aux Strokes et aux White Stripes. Leur avenir semblait tout tracé.


Quinze ans plus tard, force est de constater que le groupe n’est jamais parvenu à concilier succès critique et populaire. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir signé quelques très grands albums, notamment « Roots and Echoes » (2007), qui restera probablement leur plus grand chef d’œuvre. Un an plus tard, le guitariste Bill Ryder-Jones quittait le navire pour se lancer dans une carrière solo, laissant le chanteur James Skelly seul à la barre pour l’écriture des morceaux. Ce départ sonnait comme un coup dur pour The Coral, et le faiblard « Butterfly House » paru dans la foulée nous laissait entrevoir une fin en forme de gâchis. Quelques mois plus tard, James Skelly annonçait d’ailleurs une pause à durée indéterminée et raclait les fonds de tiroirs en publiant une collection de raretés sous le nom de « The Curse of Love ». La messe était dite.

La surprise fut donc assez positive lorsqu’on apprit que le groupe reprenait du service pour concevoir un nouvel album. Mais quand tomba la confirmation que Ryder-Jones ne serait toujours pas de la partie, on se demanda surtout si ce retour aux affaires était vraiment une bonne nouvelle. La réponse est finalement assez contrastée, à l’image de ce huitième disque qui séduit dans l’ensemble mais sans jamais éblouir.


Baptisé « Distance Inbetween », ce nouvel opus marque une nouvelle évolution dans la carrière du groupe. Skelly et sa bande y délaissent en effet les belles mélodies pop pour se concentrer davantage sur des sonorités plus directes et des rythmiques répétitives empruntées au Krautrock. Les influences psychédéliques sont elles aussi toujours présentes, notamment sur le très réussi « Miss Fortune », la plus grande réussite de l’ensemble.


Plus homogène que les précédents albums du combo, « Distance Inbetween » est aussi un disque qui s’apprivoise plus lentement. Les refrains imparables faisant ici défaut, l’auditeur doit se forcer à écouter les morceaux plusieurs fois avant de se les approprier et d’en découvrir toutes les richesses. C’est notamment le cas sur des titres comme « White Bird », « Chasing the Tail of a Dream », ou encore « She Runs the River », qui ne livrent tout leur charme qu’après un certain temps.

Au final, cet opus ne fait donc clairement pas tache dans la discographie d’un des groupes les plus attachants de ces vingt dernières années. Il n’égale sans doute pas les sommets dont The Coral a été capable dans le passé, mais il a le mérite d’aller dans une direction différente. L’avenir nous dira si ce disque-charnière marquera le début d’une nouvelle ère ou s’il se révèlera comme un simple dernier sursaut d’orgueil.

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