Presse-citron : un dernier café chez Mac ?

// 15/09/2015

Par Gilles Syenave

C’est pas le look qui fait la star, c’est la star qui fait le look. Les concours de sosies et les concerts de covers bands l’ont suffisamment prouvé : il est rigoureusement impossible de s’habiller comme Elvis Presley sans avoir l’air parfaitement ridicule. Idem pour Freddie Mercury, Angus Young ou encore Elton J… Ah non, mauvais exemple. Même Elton John a l’air d’un parfait crétin vêtu comme ça.

Un look qui fait mouche, c’est donc un accoutrement qui ne va qu’à soi et qui colle parfaitement à l’image que l’on veut donner à ses fans. Et à ce petit jeu, il semblerait bien que Mac DeMarco soit le chanteur le plus doué à l’heure actuelle.

Avec sa paire de Vans pourries, son sourire un peu niais souligné par des dents du bonheur, ses casquettes de troisième main et ses pochettes d’album qui ressemblent à des photos-souvenir prises par un enfant de 5 ans, le songwriter canadien a réussi à se créer une identité visuelle en parfaite adéquation avec son style musical : celui d’un branleur magnifique. A mi-chemin entre le folk candide de Jonathan Richman, la pop lascive de Connan Mockasin et le romantisme fleur bleue de John Lennon, le style de Mac DeMarco réussit le tour de force d’être à la fois sincère et crédible tout en étant rempli d’humour lo-fi et de second degré.

Entre 2012 et 2014, le sympathique Mac a publié pas moins de trois albums. Une productivité déjà remarquable mais qui ne l’a pas empêché de continuer à faire la seule chose qu’il sait faire : écrire de formidables chansons et leur donner vie sur scène à la moindre occasion. Il a donc repointé le bout de son nez cet été avec un nouveau 8-titres, et ce alors qu’il n’a pratiquement jamais arrêté de tourner depuis la parution de son premier opus. Le glandeur ne l’est visiblement pas tant que ça.

Après avoir baptisé son deuxième disque « 2 » pour bien nous faire comprendre qu’il ne s’agissait pas du premier ni du troisième, il se montre encore une fois très explicite en nommant ce nouveau LP « Another One ». Cet opus est en effet juste « Un autre » dans sa discographie, comprenez par là que ceux qui ont aimé les précédents devraient chérir celui-ci tout autant. Les autres, par contre, pourront directement passer leur chemin. Rien ne ressemble plus à un disque de Mac DeMarco qu’un autre disque de Mac DeMarco, ce qui n’enlève aucun mérite au gaillard. Dans la vie comme en musique, il vaut parfois mieux s’acharner à faire la même chose avec brio que de constamment essayer d’innover dans la daube.



Reconnaissable entre mille, le style du songwriter est cette fois distillé avec une touche de mélancolie. Les guitares chaloupées, les lignes de basses funky et ces mélodies parfaites qui vous enlèvent illico tout le poids que vous aviez sur les épaules sont toujours bel et bien présentes, mais l’atmosphère générale est cette fois légèrement moins joyeuse. Une attention portée sur les textes permettra de comprendre d’où vient cet arrière-goût doux-amer. Tout au long de ces huit titres, DeMarco chante les déceptions amoureuses, sans que l’on ne sache vraiment si le cœur brisé dont il nous parle est le sien, celui d’une ex ou celui d’un personnage fictif. Une écoute attentive des paroles du morceau éponyme permettra ainsi de comprendre que « Another One » n’est finalement pas juste « Un autre », mais plutôt « Cet Autre », à savoir l’enfoiré qui a donné des fourmis dans les jambes à celui ou celle que vous aviez dans la peau.

Comme toujours avec DeMarco, le disque se laisse écouter d’une traite sans susciter le moindre ennui, mais sans grands effets de surprises. La tonalité des morceaux est en effet tellement homogène qu’il n’est pas rare de les confondre à la première écoute. Insidieusement, chacun d’eux parvient cependant à s’installer durablement dans votre caboche.
A l’instar d’un joueur de foot hyper doué qui fait des cabrioles en sifflant, DeMarco vous donne l’impression que tout ce qu’il fait est éminemment simple et que n’importe qui serait capable d’en faire autant. Un talent hors-norme est pourtant nécessaire pour parvenir à aligner les perles avec autant de régularité.
Si le disque oscille gentiment entre titres hyper calmes et passages plus rythmés, c’est généralement lorsqu’arrivent les morceaux plus enlevés qu’il nous séduit le plus. C’est notamment le cas sur le titre d’ouverture « The Way You’d Love Her » ou encore sur « I’ve Been Waiting For Her », probablement le morceau le plus accrocheur de la discographie du chanteur.



Personnage éminemment cool et tout simplement impossible à détester, DeMarco terminait son album précédent par une sorte de message vocal où il nous remerciait de le suivre dans sa drôle de carrière. Cette fois, le gaillard va encore plus loin en nous confiant son adresse et en nous invitant à venir chez lui prendre le café à l’occasion. On a presque envie de franchir l’Atlantique rien que pour aller lui faire un gros câlin.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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