Retro-retromania : Dare-Dare

// 14/05/2015

Par Maxence de Double Françoise

Pour faire encore plus fort dans la retromania (cf livre de Simon Reynolds), je vous propose un petit hommage à un label français spécialisé dans les rééditions de grooves français 60-70.

Fondé par le grenoblois Thierry Balzan, le label Dare-Dare (sous division de Pulp Flavor) fut actif de la fin des années 90 jusqu'en 2003, date à laquelle il muta en Vadim Music, mais ceci une autre histoire. A une époque où l'internet était encore un peu nouveau en France (en tout cas dans ma chère province), Dare-Dare nous faisait découvrir tout un monde qui aurait pu sembler perdu à jamais, surtout pour ses créateurs musiciens. En effet, les disques réédités par le label se sont probablement plus vendus durant leur seconde vie que durant leur première. Ces pépites enfouies n'étaient donc accessibles qu'aux collectionneurs fortunés et/ou acharnés fréquentant assidûment les conventions de disques. Ainsi, pour le simple passionné de musique, les sorties de Dare-Dare furent parfois de grandes révélations.

Voici une petite sélection des productions du label qui m'ont personnellement marqué.

Cortex, Troupeau Bleu (1975)
Grosse claque, comme dirait l'autre. Enregistré fin 1975 et initialement sorti sur le label Disques Espérance, il s'agit du premier album du groupe Cortex, qui oscille entre funk, soul, et plus encore. Les membres principaux étaient le pianiste et compositeur Alain Mion et le batteur Alain Gandolfi. D'autres musiciens ont aussi contribué à l'histoire de ce groupe qui s'est terminé aux alentours de 1980. Troupeau Bleu est quasiment un genre à lui tout seul, car il mélange le funk américain d'alors avec des influences très françaises, comme la musique de Michel Legrand.
Au final, il ne s'agit pas simplement de bons grooves efficaces, mais aussi de poésie musicale, avec un côté lyrique dû en grande partie aux mélodies chantées par la voix de Mireille Dalbray (paroles sur 4 morceaux et onomatopées sur le reste). Des morceaux aux ambiances fortes.




Ce disque déterré par Dare Dare est devenu culte et a par la suite encore été réédité par deux autres labels. Les rappeurs américains ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, malheureusement souvent au détriment du compositeur.


Candeias, Sambaiana (1976)
A l'origine également une production du label français Disques Espérance, c'est d'ailleurs le seul élément français dans cette histoire puisque le disque fut enregistré à Bueno Aires par quatre musiciens argentins et un brésilien. Projet du jeune compositeur multi-instrumentiste Guillermo Reuter (piano, fender rhodes, 12 cordes), cette formation n'enregistra qu'un album. Celui-ci est principalement influencé par la musique brésilienne et le jazz. Les compos sont solides et savantes sans pour autant être hermétiques ni arrogantes. On peut y ressentir le plaisir des instrumentistes.
Globalement il règne sur ce disque un climat qu'on pourrait qualifier de méditatif et intimiste, malgré des tempos plutôt rapides. Certaines mélodies sont même assez "catchy", comme cet hommage à Tom Jobim (dont le vrai titre est « El tren del Tom", il y a eu un problème d'inversion des faces au niveau des titres).




Les Masques, Brasilian Sound (1969)
Il s'agit peut-être de la plus ambitieuse tentative de créer un disque de bossa nova en français. Initialement sortie chez CBS, ce disque fut un point de rencontre tout à fait unique entre des musiciens de studio français passionnés de chanson brésilienne et un trio authentiquement brésilien. Le nom "Les Masques" ainsi que l'absence de détail sur la pochette constituait une astuce afin de contourner les contrats exclusifs qui liaient alors certains membres du projet à des maisons de disques concurrentes. C'était particulièrement le cas pour Nicole Croisille et Pierre Vassiliu. Ont également participé à cette aventure : Claude Germain (chanteur, compositeur et arrangeur), Anne Germain (chanteuse), José Bartel (chanteur, compositeur et arrangeur), Alice Hérald (chanteuse et parolière), Christian Gaubert (compositeur et arrangeur). La plupart de ces musiciens étaient des habitués de l'enregistrement de BO de films (les Disney, Legrand/Demy, Magne, De Roubaix, etc.) Certains firent aussi parti de groupes de jazz vocal (Double-six et Swingle Singers). On retrouve d'ailleurs cette influence sur le disque, avec des parties vocales très arrangées.
Les musiques sont très orchestrées (cordes et cuivres), mais surtout, il y a la rythmique incroyable du Trio Camara (basse, batterie, piano et guitare). Avec leur groove 100% brésilien, ces derniers sont la colonne vertébrale du disque. Ce sont eux avant tout qui permettent aujourd'hui de passer outre certains éléments du disque devenus un peu étrangers à notre époque (paroles, diction et placements de voix) et d'en apprécier la qualité musicale.




Nino Nardini & Roger Roger, Jungle Obsession (1971)
Dare-Dare a réédité pas mal d'album d'illustration musicale (library music), disques qui, à l'époque de leur première vie, étaient uniquement accessibles aux professionnels de l'image, donc merci Dare Dare ! C'est le cas par exemple de cet opus magnifique, créé pour l'image par deux compositeurs chevronnés, et joué par des musiciens très inspirés, notamment la section basse/batterie. A l'écoute de certains morceaux on a peine à croire que ce disque était simplement destiné à boucher les trous sur un quelconque reportage de l'ORTF.




Maxence (Double Françoise)
Musicien et manipulateur de sons, il est brun avec une raie sur le côté. Grand amateur de technologies obsolètes (dans le désorde : le super 8, les bandes magnétiques, les ordinateurs 8 bits, l'inspecteur Derrick, les OVNIs, la musique Pop, et probablement pire encore...), Maxence est aussi la moitié du duo Double Françoise.

RETOUR

ARCHIVES

Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top